Ce matin, le titre de votre édito : trois idées reçues sur l’Allemagne, trente-six heures après la réélection triomphale d’Angela Merkel. Oui, on parle beaucoup de l’Allemagne, et on se rend compte qu’elle reste, à nos yeux de Français, un pays à la fois connu et mystérieux, y compris sur le plan économique. C’est un pays qui affiche un taux de chômage d’environ 5%, la moitié - la moitié ! - du nôtre. Un pays qui a exporté l’an dernier pour 1.100 milliards d’euros de marchandises, deux fois et demi plus que nous. Mais un pays, dit-on aussi dont la réussite économique a un prix social prohibitif : la paupérisation et la précarisation de toute une société.Votre première idée reçue, justement : l’explosion du taux de pauvreté. Cela nous arrange de le penser. C’est vrai, la précarité a augmenté. Mais si on regarde les chiffres froids d’Eurostat, il faut nuancer. Le taux de pauvreté, mesuré en euros par mois après transferts sociaux, atteint 15,5 % de la population. Mais il faut rappeler que ce taux est de 14% en France. C’est un peu moins, pas beaucoup moins. On voit surtout que ce taux n’est pas le même à l’Ouest de l’Allemagne (13% - c’est moins qu’en France), et dans l’ex Allemagne de l’Est (19%). Cela veut dire qu’une génération après la Réunification, le rattrapage n’est pas fait. Au-delà, la question est de savoir s’il vaut mieux du chômage indemnisé plutôt que des petits boulots. Ni l’un ni l’autre, bien sûr, mais il est plus facile d’augmenter les salaires que de retrouver du travail.Deuxième idée reçue : Merkel n’a rien fait depuis quatre ans. On entend beaucoup cela aussi. Et c’est vrai qu’elle n’a pas agi de la même façon que Kohl ou Schröder, elle n’est pas encore entrée dans l’Histoire. Cela étant, elle a pris deux décisions fortes au cours de ses mandats. Une concerne le nucléaire, on va y revenir. Une autre concerne l’emploi. C’est une initiative qu’elle a prise tout à la fin de 2008, au début de la crise financière, qui a permis d’éviter la spirale du chômage qu’a connu par exemple la France. Elle a réuni un soir le patronat et les syndicats et leur a dit : vous ne sortirez pas d’ici tant que vous n’avez pas signé un accord permettant aux entreprises d’utiliser facilement le chômage partiel. L’Etat a mis sur la table 10 milliards mais les salariés sont restés dans les entreprises au lieu d’être licenciés et quand la croissance est repartie, ils étaient fin prêt. Une initiative remarquable.Troisième et dernière idée reçue : l’Allemagne est championne de l’énergie propre. Cela, c’est plus connu. La part des énergies propres est plus élevée qu’ailleurs, mais l’arrêt des centrales nucléaires a eu la conséquence paradoxale que l’Allemagne importe massivement du charbon dont les Etats-Unis n’ont plus besoin depuis qu’ils extraient des gaz de schiste. Les experts débattent à l’infini pour savoir si cela a entraîné une hausse des émissions peut-être très transitoire, de gaz à effet de serre. Mais l’image de l’Allemagne en a pris un coup. Trois idées reçues, trois demi-vérités.

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