Ce matin : les Rafales indiens, Dassault Aviation et la parole d’un ex-président.

L'ex-président de la République François Hollande et sa compagne, l'actrice Julie Gayet
L'ex-président de la République François Hollande et sa compagne, l'actrice Julie Gayet © AFP / Christophe Simon

C’est une histoire qui montre qu’un responsable politique, même quand il a quitté ses responsabilités, devrait faire attention aux conséquences de ce qu’il dit. On parle là de François Hollande dont une déclaration ce week-end a passionné les médias et le débat politique indiens

De quoi s’agit-il ? Je vous avertis : c’est complexe. Souvenez-vous : L’ancien président avait conclu, avec Jean-Yves Le Drian, la vente de 36 Rafales à l’Inde après une quinzaine d’années de discussions entre les deux pays et avec Dassault. Un succès. Mais il y a bientôt des élections en Inde, et l’opposition au président Modi pense avoir trouvé un angle d’attaque contre lui sur le terrain de la corruption. Elle l’accuse, dans ce contrat, d’avoir imposé comme partenaire indien de Dassault le groupe privé Reliance, qui appartient à un milliardaire proche du pouvoir (Anil Ambani) plutôt qu’un autre groupe public. Groupe Reliance  qui a par ailleurs financé un film dans lequel joue … Julie Gayet. 

Interrogé par Médiapart, François Hollande, tout à son souci de montrer que sa compagne n’a pas tiré un bénéfice indirect de la vente de Rafale, a d’abord expliqué benoîtement que le gouvernement indien avait imposé le choix de Reliance, avant de retro-pédaler. 

Or, c’est exactement ce qu’affirme l’opposition indienne : Modi favorise ses copains. Le Quai d’Orsay et Dassault (qui assure travailler depuis longtemps avec Reliance - ce qui paraît crédible, les autres groupes indiens spécialisés étant proches pour l'un de Boeing, pour l'autre des Russes) ont beau démentir, le débat, là-bas, s’enflamme et la question n’est pas de savoir si la presse doit enquêter et éventuellement dénoncer. Oui, bien sûr. C’est de savoir si l’ex-président, lui, a été trop bavard. La réponse est qu’il devrait être prudent pour ne pas jouer contre son camp s’il veut éviter que le contrat tombe à l’eau.

C’est possible ?

Notons que le secrétaire d’État aux affaires étrangères, qui dépend donc de Jean-Yves Le Drian, aujourd’hui au Quai d’Orsay, estime que Hollande ne rend pas service à la France. Cela veut dire que Macron et/ou Le Drian ne sont pas contents du tout. Les premiers exemplaires des 36 Rafales fabriqués en France seront livrés l’an prochain et le chef d’état-major de l’armée de l’air indienne était cette semaine en visite à Istres. Donc, le risque semble limité. Mais ce genre de contrat peut être interrompu en cours, cela arrive, on parle de 8 milliards d’euros.  

Pour paraphraser le titre du livre dans lequel il se confiait, un ex-président, sans doute, ne « devrait pas dire çà ».

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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