La pression des lanceurs d'alerte est utile, forcément utile. Mais la mise en musique des changements contre le réchauffement est ingrate, forcément ingrate. Pourquoi cela nous intéresse-t-il moins et sommes nous plus friands de débats idéologiques ?

L'engagement pour le climat : le besoin des lanceurs d'alerte et des techniciens du changement
L'engagement pour le climat : le besoin des lanceurs d'alerte et des techniciens du changement © AFP / Stéphane de Sakutin / PONTUS LUNDAHL / TT NEWS AGENCY / TT News Agency/AFP

La discussion du "projet de loi anti-gaspillage pour une économie circulaire" démarre aujourd’hui au Sénat.

L'intitulé même du texte montre l’abysse, en partie inévitable, entre les grandes envolées sur le climat et leur mise en musique forcément ingrate. La jeune suédoise Greta Thunberg se situe dans le registre de la déploration et de l’auto-flagellation mais sans vraiment apporter de solution, tandis que l’entrée dans l’atmosphère des changements concrets est complexe et suscite disons-le moins d’intérêt. 

Les lanceurs d’alerte comme elle sont utiles ("Ecoutez les scientifiques") pour que les choses bougent, mais impossible de se passer des techniciens derrière. 

Il est faux de croire que ces derniers ne font rien. Comme est curieuse et contre-productive la volonté typiquement française d'embarquer dans le combat climatique tous les combats révolutionnaires  (voir édito politique de Thomas Legrand, ajout matinal).

Le secteur automobile est par exemple entré dans une transformation énorme, avec des normes d’émissions de CO2 drastiques à partir de 2020, puis 2021 etc : 95 grammes de CO2 par km. Cela lui coûte des dizaines de milliards d’euros - et on va le voir des emplois. Contre le réchauffement, il n’y a pas de bouton miracle, il y a des dizaines de boutons plus ou moins résistants sur lesquels appuyer : sur l’isolation thermique, les modes de production d’énergie, les industries etc. Un de ces boutons est donc le recyclage, avec ce débat sur le retour de la consigne pour les bouteilles en plastique, qui agite professionnels, ONG, élus locaux et côté gouvernement, Brune Poirson, que l’on entendra dans une minute. 

L’Europe a décidé qu’il faudra collecter 90% de ces bouteilles en 2029, contre 60% aujourd’hui. Il y a deux camps. Ceux pour qui le dispositif actuel de tri va permettre de progresser, et ceux (donc Brune Poirson) qui pensent que non : il faut dès lors créer une consigne de dix centimes par bouteille. Quand on plonge dans ce sujet, on découvre des enjeux insoupçonnables et une technicité redoutable. ( NDLR : avec des vrais opposants, ici et ici).

Je n'ai pas la prétention de prendre position. 

Mais l’opinion veut savoir si on avance sur le climat. Et elle a raison, et c’est un point sur lequel l’Etat (et ce gouvernement aussi) communique très mal. Une stratégie a été votée il y a un an, avec des objectifs annuels sur la rénovation des logements, le chauffage, l’électrification des voitures, les énergies renouvelables, et donc le recyclage etc. 

Emmanuel Macron a, paraît-il, une application sur son portable pour vérifier l’efficacité des ministres, eh bien qu’il en créé une - simple - pour les Français, pour que nous puissions suivre jour après jour, mois après mois, année après année ses résultats sur l’environnement non pas avec un horizon 2022, 2025 ou 2030 mais dès maintenant.

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