Le fabricant de téléphone Nokia lance un ordinateur portable. Pourquoi est-ce intéressant ? Quelle drôle de question ! Si Renault se lançait dans la fabrication de paquebots, cette question ne vous viendrait pas à l’esprit. Vous me demanderiez pourquoi ce changement stratégique majeur. Eh bien le numéro un mondial du téléphone mobile qui fait un PC, c’est aussi surprenant. Alors bien sûr, dans un ordinateur comme dans un téléphone, il y a des puces et de l’électronique. Mais dans une voiture et dans un navire, il y a de la tôle et de la mécanique ! Non, il s’agit bel et bien de deux marchés complètement différents. C’est d’autant plus surprenant que le fabricant d’ordinateurs Dell, qui fut lui aussi longtemps le leader mondial de son secteur, a annoncé la semaine dernière le mouvement exactement inverse : il va fabriquer des mobiles, comme Apple l’a fait il y a deux ans avec iPhone. Bon, alors pourquoi Dell et Nokia se lancent-ils chacun sur le marché de l’autre ? D’abord, l’un et l’autre sont à la peine sur leurs produits, c’est donc pour eux une question de survie. Et puis derrière, il y a un mot : convergence. C’était une idée dont parlait souvent Jean-Marie Messier, il y a dix ans, quand il présidait Vivendi. Et bien maintenant, c’est une réalité. La convergence se fait d’abord par la taille. Les ordinateurs sont de plus en plus petits. Ma première machine, un Amstrad acheté il y a plus de 20 ans, prenait tout un coin du salon. Aujourd’hui, mon Netbook tient sur l’étagère de la chambre. A l’inverse, les téléphones ont grandi. Moi j’en ai un tout petit eh bien c’est définitivement ringard. Les appareils qui s’arrachent aujourd’hui, l’iPhone et le Blackberry, sont bien plus gros. La convergence se fait ensuite par l’usa ge. Avec le logiciel Skype, les PC servent à téléphoner pas cher. Et les mobiles servent de plus en plus d’ordinateur. Enfin, l’alignement se fait sur les prix : les PC sont descendus à 300 euros – et c’est une très bonne nouvelle pour le consommateur. Pendant ce temps, les mobiles sont montés à combien ? 300 euros. Est-ce que la convergence s’arrête là ? Non, en réalité, toute l’électronique grand public est en train de se réorganiser autour de deux exigences du consommateur. D’abord, la mobilité. Je veux pouvoir me déplacer. Plus de fil à la patte, plus de fardeau sur le dos. Les ultra-portables pèsent moins lourd qu’une grande bouteille d’eau et l’un des atouts du PC annoncé par Nokia est une batterie qui permettrait de tenir 12 heures sans brancher la machine. Ensuite, la communication. Je veux pouvoir communiquer à tout moment. Dans ma voiture, pendant mes vacances, pour échanger non seulement des mots mais aussi des photos, des vidéos et bientôt des livres. L’homme nomade, que décrivait Jacques Attali dans un livre paru en 2003, est d’abord un homme électronique. Et quelle sera la prochaine étape dans le secteur des ordinateurs et le téléphone ? Eh bien, après, c’est tout pareil, mais sans les hommes. Autrement dit, des machines qui communiquent entre elles. C’est l’assurance qui facture pour votre voiture en fonction du nombre de kilomètres parcourus mesuré avec un boîtier électronique, ou les télérelevés d’EDF, ou le frigo qui déclenche tout seul la livraison quand on l’a vidé. Au-delà, l’économie rejoint les scénarios de science-fiction : c’est la machine qui prend le pouvoir.

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