Les marchés financiers broient à nouveau du noir… les cours de Bourse ont chuté partout hier. Qu’est-ce qui se passe ? D’abord, petite précaution: ça a baissé hier et ça peut très bien remonter aujourd’hui. Mais il y a comme quelque chose de cassé sur les marchés financiers. Les investisseurs ne voient que les mauvaises nouvelles, en particulier aux Etats-Unis. Hier, c’est l’annonce d’une chute de 27% des ventes de logements anciens en juillet, outre Atlantique, qui a provoqué la déprime. Car elle confirmait que l’immobilier américain, d’où est partie la crise en 2007, menace à nouveau de s’effondrer dès que le gouvernement retire les béquilles qu’il avait mises en place pour soutenir le secteur. Au-delà, les Américains redoutent que l’économie toute entière retombe dans la récession, la baisse de la production. Ce serait le scénario du « double dip », comme on dit là-bas, ou du W avec une douloureuse rechute de l’activité. En plus, la Réserve fédérale de Ben Bernanke a donné corps à ce scénario inquiétant en annonçant le 10 août dernier qu’elle allait maintenir une politique monétaire très, très accommodante. Mais pour l’instant, l’Amérique est en croissance… Oui. D’après les derniers chiffres, publiés fin juillet, la production a progressé de 0,6% au deuxième trimestre, c’est-à-dire autant qu’en France. Mais les Américains aiment bien publier leurs chiffres très vite, quitte à les corriger ensuite. Et justement vendredi, le chiffre révisé sera publié et beaucoup d’experts estiment qu’il sera alors divisé par deux. Ca fait donc, si vous me suivez bien, deux fois moins qu’en France - et trois fois moins qu’en Europe. Pour une fois, le Vieux continent fait mieux que le nouveau monde. Mais c’est un chiffre sur trois mois, c’est court. Et nous avons nous aussi des problèmes. Si l’Allemagne connaît une petite explosion de croissance, si la France ne va pas si mal, l'austérité budgétaire va freiner l'activité l'an prochain. Et il y a des points noirs dans le reste de l'Europe. Je voudrais en citer deux. D’abord la Grèce. Après ses excès et ses mensonges, elle a serré brusquement la vis budgétaire. Du coup, l’activité dévisse et le pays pourrait rentrer dans une spirale dépressive dont nul ne connaît la sortie. Ensuite l’Irlande. Elle avait été citée en exemple pour l’efficacité de sa politique anti-crise. Et pourtant, elle s’enlise elle aussi dans la récession et elle a dû renflouer en catastrophe une banque il y a quinze jours. Allons-nous donc succomber à ce « double dip » ? Franchement, il est trop tôt pour le dire. Mais ce qui se passe aujourd’hui, clairement, c’est que les investisseurs, et aussi les gouvernants, commencent enfin à se rendre compte que les choses ne redeviendront pas comme avant la crise. Il y a beaucoup trop de dettes chez les particuliers, dans certaines entreprises, et bien sûr du côté des Etats. Et les banquiers, qui avaient prêté trop d’argent, vont être soumis à des règles plus sévères qui vont limiter leur capacité de prêt. Pas d'alternative: il faut donc rembourser. Et quand on rembourse, on dépense moins. Autrement dit, nous sommes engagés sur un chemin de croissance ralentie pour au moins deux ou trois ans. Les opinions le sentent confusément. Et c’est sans doute l’une des explications de l’impopularité des gouvernants partout. En France, mais aussi en Amérique, au Japon ou en Allemagne.

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