Que faut-il penser des mesures économiques annoncées hier par François Fillon ?

C'est à la fois très sérieux et très politique.

Très sérieux parce que le Premier ministre a annoncé des mesures crédibles. Il y en avait un paquet, c'était horriblement technique mais sur le fond assez réaliste. Et cela ne devrait pas casser la croissance car ces mesures visent d'abord les gens et les entreprises qui ont beaucoup d'argent. Elles pèseront donc sur l'épargne plus que sur la dépense.

Et puis il y a trois autres indices de sérieux, qui visent à rassurer nos voisins européens et les investisseurs des marchés.

D'abord, le gouvernement abaisse sa prévision de croissance à moins de 2%, au lieu de faire semblant de croire à un avenir meilleur comme il l'a fait à plusieurs reprises dans le passé.

Ensuite, il annonce onze milliards d'euros de hausse d'impôts et un milliard de baisse des dépenses. Cela va au-delà des dix milliards évoqués ces derniers jours.

Enfin, si le Premier ministre rejette l'austérité, terme qu'il réserve au Royaume-Uni, ou à l'Espagne qui baisse les salaire des fonctionnaires, il endosse le mot de rigueur. Or, ce mot était devenu véritablement tabou dans la politique française.

Et vous disiez donc que c'était aussi très politique.

Le plan a été pesé au trébuchet.

Les mesures les plus lourdes visent les grandes entreprises, les gros épargnants et l'argent qui dort, comme disait François Mitterrand. Rien donc qui puisse fâcher la grande majorité des électeurs ni mettre en péril le tissu des PME. La gauche aurait pu prendre les mêmes mesures.

Et puis le gouvernement a pris deux mesures qui attirent tous les commentaires et font oublier le reste alors qu'elles font seulement 3% du total : la taxe exceptionnelle sur les Français qui gagnent plus de 500.000 euros et l'impôt sur les sodas qui visent au premier chef les géants américains que sont Coca-Cola et Pepsico. Cela s'appelle de la bonne gestion médiatique.

Au-delà de la bonne gestion, est-ce que ça va suffire ?

Si la croissance résiste, oui cela suffira. Mais au fond, on se contente de racler les fonds de tiroir. Ca me fait l'impression d'un budget en fin de préparation, quand les fonctionnaires grattent quelques centaines de millions par-ci par-là pour arriver à un chiffre de déficit raisonnable. La hausse de la taxe sur les cigarettes et les alcools est typique de ces derniers arbitrages. On est donc dans une démarche technocrate et non politique.

Les vraies décisions son renvoyées à l'après-présidentielle. Nicolas Sarkozy a souvent dit qu'il fallait faire baisser les dépenses publiques plutôt qu'augmenter les impôts. Je crois qu'il a raison sur ce point. Et à en croire de récents sondages, les Français sont d'accord. Mais le président fait ici exactement l'inverse.

Et vous n'avez pas trouvé une pépite dans ce plan ?

Il y en a une que j'adore. « Dans le cadre d’une politique globale de prévention des addictions et de lutte contre les comportements à risque », le gouvernement relève la taxe sur les alcools sauf le vin et le rhum.

Cela m'arrange, j'apprécie le bordeaux, j'aime le bourgogne et je raffole de punch et autres mojitos. J'ai donc cherché des études médicales pour vérifier que le vin et le rhum ne déclenchaient pas d'addiction ou de comportement à risque, contrairement à la bière et au whisky. Mais je n'ai rien trouvé.

Si le vin et le rhum sont épargnés, c'est en réalité parce qu'il y a beaucoup de vignerons en métropole et pas mal de planteurs de canne à l'outremer.

Cela prouve qu'il y a des lobbys puissants – et qu'il reste encore des impôts à augmenter au nom de nobles causes comme la santé.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.