Arnaud Montebourg a encore lancé une charge hier contre les politiques d’austérité en Europe. Question simple ce matin : a-t-il raison ?

A question simple, réponse simple : oui, il y a un débat sur les politiques d’austérité dans la zone euro ; en revanche les conclusions qu’en tire Arnaud Montebourg pour la France sont discutables si j’osais gonflées. L’Europe, d’abord. Il y a eu ce week-end un événement passé inaperçu – y compris d’Arnaud Montebourg. Mario Draghi, le patron de la Banque centrale européenne, a fait un grand discours aux Etats-Unis. Qu’a-t-il dit ? Pour la première fois, il a appelé à des politiques budgétaires plus actives de soutien à la demande, consommation et investissement. En clair, il faudrait être plus souple sur la réduction des déficits pour avoir davantage de croissance. Et il faudrait un plan d’investissement européen. Vous avez bien entendu, un vrai changement de pied. La presse allemande y a vu ce que c’est : Die Welt a titré : « Draghi plante un couteau dans le dos d’Angela Merkel » !

La Banque centrale européenne reconnaîtrait qu’elle s’est trompée depuis quatre ans, c’est cela ?

Non. Ce qu’elle dit, c’est que quand l’euro menaçait d’exploser et qu’il n’y avait plus personne pour faire les fins de mois de la Grèce, de l’Italie, de l’Espagne etc., il fallait parer au plus pressé et rassurer les investisseurs. Mais maintenant, on peut relâcher un peu la pression surtout quand la croissance est nulle et que le chômage galope. Attention, pas n’importe comment : en baissant les impôts, par exemple en Allemagne. Evidemment, ce discours général c’est du miel aux yeux de Matteo Renzi, François Hollande ou … Arnaud Montebourg !

Mais attention, dites-vous, de ne pas en tirer des conséquences hâtives pour la France…

Oui. Dire que la France est victime de l’austérité que lui imposent Bruxelles et l’Allemagne est une plaisanterie. La panne de la croissance vient notamment du secteur du logement et de la construction. On ne voit pas le rapport avec Angela Merkel – en revanche on le voit avec le climat créé par les lois Duflot. Le déficit public français dépasse les 4% du PIB, c’est presque 100 milliards d’euros de relance par an ! L’erreur, ici, a été d’augmenter les impôts massivement sans baisser les dépenses et de zigzaguer en continu.

Sur le fond, un ministre de l’Economie peut-il longtemps critiquer la politique du gouvernement ?

C’est inédit et irréel ! Dans la réalité, Montebourg ne propose pas un gros changement de cap, juste davantage de baisses d’impôts. Mais avec un discours très politique, il ridiculise le tandem de Hollande/Valls aux yeux des Français et des dirigeants européens - pour prendre le leadership à gauche. Economiquement, cette cacophonie permanente ne rassure pas. On ajoutera qu’entendre Montebourg, à la gauche du PS, vanter les économies britannique et américaine au nom de la gauche est cocasse.

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