Des statistiques européennes ont été publiées hier sur le coût du travail dans l’Union. C’est un sujet qui oppose la gauche et la droite. La gauche dit : il n’y a pas de gros problèmes de coût du travail en France - elle prévoit d’ailleurs une hausse des cotisations retraite -, et de toute façon les pays développés perdront toujours la course sans fin sur les salaires ; misons sur la qualité et l’innovation. La droite dit : le coût du travail est un problème parce que l’essentiel du commerce se fait entre pays européens ; d’où la TVA sociale. Vous allez voir, les données d’Eurostat à fin 2011 sont frappantes. Anecdote : l’organe statistique allemand Destatis, les a relayées pour proclamer au monde la compétitivité germanique.Que disent ces chiffres ? Résumons. 1 - C’est le grand écart dans la grande Europe, le coût du travail va de 3 euros et demi de l’heure en Bulgarie à plus de 39 euros en Belgique : onze fois plus ! 2 - En France, ce coût horaire est supérieur à 34 euros, quatre de plus qu’en Allemagne, six de plus que la moyenne de la zone euro. 3 – Maintenant, en tendance, depuis 2004, ce coût a augmenté de 8% en Allemagne, de 13% dans la zone euro et de 19% chez nous. Sur dix ans, quasiment + 40% en France,+ 20% en Allemagne. Voici pour les données brutes.Un point quand même : sont-elles fiables ? Ceux qui récusent cet indicateur citent la productivité élevée en France (notre efficacité) ; ils expliquent que c’est l’Allemagne qui est atypique, avec des jobs mal payés puisqu’il n’y a pas de Smic et que cela fausse la photo ; et aussi que ces chiffres sont des moyennes : les services ne sont pas l’industrie, seule menacée sur les marchés internationaux. Ils rappellent, et c’est vrai, que les cotisations financent une protection sociale que d’autres, ailleurs, paient de leur poche. Voilà pour les nuances !Maintenant, quels commentaires ? On peut toujours ordre la bouche, mais d’abord, au-delà des statistiques à virgule, il faut écouter les chefs d’entreprise qui signent les chèques à la fin du mois : ils sont les premiers concernés. Ensuite, oui, la compétitivité relative de la France a diminué : son coût horaire est le cinquième plus élevé sur les 27. Normal pour un pays riche ? En partie. Mais le choix collectif d’augmenter les salaires et les charges s’est fait au détriment de l’investissement.Conclusion ? La qualité des produits est un élément clé. Ce n’est pas pour rien que la Chine achète du made in Germany à tours de bras et qu’elle va doubler la France comme premier client de l’Allemagne. Mais la France peut-elle être si sûre d’elle en cumulant coût horaire élevé, temps de travail faible pour les salariés à temps complet, taux de marge des entreprises au plus bas depuis trente ans et des salaires nets, qui à l’arrivée, sont rabougris ? Le chômage et le déficit commercial montrent que non.

Quelles pistes ? Sans doute agir d’un côté sur le coût du travail des PME, d’un autre sur les dépenses publiques et d’un troisième sur le coût de la vie - et en priorité absolue celui du logement, aujourd’hui intolérable. En tous cas, difficile de se plaindre de la désindustrialisation et de toujours faire l’autruche.

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