Le dirigeant de Danone a renoncé à ses retraites-chapeau pour un total de 28 millions d'euros. Il fait partie des (rares) dirigeants qui jugent nécessaire d'inverser la course au toujours plus.

Emmanuel Faber PDG de Danone
Emmanuel Faber PDG de Danone © AFP / PATRICK KOVARIK

On parle souvent et encore récemment des dirigeants qui quittent leurs responsabilités avec des sommes vertigineuses pour le commun des mortels, comme Tom Enders chez Airbus ou Thierry Pilenko chez l’équipementier pétrolier TechnipFMC. On parle moins de ceux, et il faut se poser la question de savoir s’ils sont isolés ou précurseurs, de ceux qui remontent (un peu) le courant dans l’autre sens. 

En clair, qui renoncent au toujours plus. 

Il y a quelques années, Louis Gallois, alors dirigeant d’EADS devenu Airbus, avait tenté de réduire sa rémunération, sans convaincre d’ailleurs son conseil d’administration franco-allemand. Il y a quelques semaines, Jean-Dominique Senard, le nouveau dirigeant de Renault-Nissan, a accepté un salaire de 450.000 euros, au même niveau que le patron d’EDF par exemple. Le comité de rémunération envisageait, lui, une fourchette de 800.000 à un million d’euros. 

Et France Inter reçoit ce matin Emmanuel Faber, à la tête de Danone, qui a renoncé début avril à son statut de salarié, à sa retraite chapeau, et à la clause de non-concurrence, avec effet aujourd’hui à l’occasion de l’assemblée générale. 

Selon les calculs du cabinet spécialisé Proxinvest, il abandonne une retraite prévue de 1,2 million d’euros par an, soit au total à 28 millions d’euros. 

Les documents de l’entreprise montrent aussi qu’il a versé en 2018 deux millions et demi d’euros à des associations caritatives (page 283, Ndlr)., ce qu'il fait chaque année - en refusant d'en parler. 

Il lui reste son salaire (2,8 millions) qui représente tout de même -pour ramener les choses à une échelle compréhensible de tous- 70 fois le salaire moyen en France et 150 fois le Smic. 

Tout cela ne fait pas de lui un Saint laïc ! Mais Emmanuel Faber est clairement atypique dans le paysage capitaliste français. 

Y-a-t-il, justement, un mouvement en ce sens dans le capitalisme français ? La réponse est : Non. 

Il y a des changements, avec un recul spectaculaire des retraites chapeau par exemple, ou l’initiative prise par 70 personnalités très aisées de consacrer 10% de leurs revenus chaque année, ou 10% de leur patrimoine, à la philanthropie : Agnès B, Jean Todt, Alain Mérieux etc. 

Mais les plus grands dirigeants, eux, rappellent qu’ils paient des impôts, de l’ordre de 45% sur au moins leurs salaires et au total, on ne constate pas davantage un mouvement de modération chez les dirigeants des grandes entreprises que chez les sportifs, quelques professions libérales ou artistes privilégiés.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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