On peut profiter de l’éclipse de l’actualité économique, normale un 25 décembre, pour faire une plongée vers le passé. Pour vérifier, c’est ça, ce qu’on disait de la situation autour de Noël 1929. Vous savez, la comparaison est souvent faite en ce moment avec ce qui s’est passé alors. En fait, ce parallèle ne va pas très loin. Mais c’est intéressant de regarder la façon dont on parlait de la crise trois mois après le krach d’octobre 1929 par rapport à ce qu’on dit, nous, quatre mois après la faillite de la banque Lehman Brothers, c’était le 15 septembre dernier. Je suis allé consulter les archives des Echos autour du 25 décembre de l’époque. Eh bien, c’est une surprise totale. La crise, quelle crise? Fin décembre 1929, elle n’est quasiment pas évoquée. L’éditorialiste qui fait le bilan de l’année salue la prospérité, le redressement financier et la stabilité monétaire. Il consacre l’essentiel de son article à un appel vibrant en faveur d’une réforme fiscale. Et c’est la même chose dans Le Figaro ou le Temps. L’Humanité, sans surprise non plus, salue les formidables progrès économiques de l’Union soviétique de Staline, qui fête ses 50 ans. En réalité, ce silence est moins surprenant que cela n’en a l’air. D’abord, il faut essayer de se remettre dans l’état d’esprit de l’époque. Ce qui obsède les Français, cela se voit bien, ce sont les relations avec l’Allemagne, ce qu’on appelle encore la liquidation, les réparations. L’autre explication est qu’un ralentissement économique a commencé début 1929, mais il ressemble au fond aux autres. Et d’ailleurs en octobre 1929, le gouvernement Tardieu présente un plan de...relance, qui passe par des équipements publics financés par le déficit budgétaire. Un peu comme aujourd’hui... Au total, donc, la crise n’occupe pas vraiment la presse qui débat d’un autre sujet bien plus grave : faut-il ou non rendre obligatoire l’assurance automobile ! Si on rassemble les informations qui sont publiées ici et là, on a le puzzle de la catastrophe qui va suivre. Et qui produira des effets dévastateurs en France un peu plus tard, en 1930-1931. "Partout dans le monde, les prix baissent" titre un entrefilet des Echos le 28 décembre. Mais ce n’est pas pour s’en inquiéter, c’est pour regretter que la France n’en profite pas. Une brève signale un autre jour que le nombre de permis de construire a baissé de 29% aux Etats-Unis en novembre. Une autre encore que l’Allemagne double ses droits de douane sur les importations de chaussures et multiplie par vingt ceux applicables aux jouets. Et il y a bien d’autres signaux. Bref, il y a des indicateurs et les ingrédients d’une crise grave de l’économie, mais personne ne la voit vraiment. Que conclure de tout cela ? Que la mondialisation permet à la crise, aujourd’hui, de se diffuser à une vitesse inégalée. Les pessimistes en tireront la certitude que le pire est à venir. Mais on peut se dire aussi que la leçon porte et que la mobilisation est cette fois générale. Au fond, quelle est la grande différence entre 1929 et aujourd’hui ? Eh bien, il y a eu 1929.

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