Vous voulez nous parler de l’envers du décor de Noël. De la bataille sans merci à laquelle se livrent à cette occasion cybermarchands et commerçants traditionnels.

Je profite que les enfants dorment encore ou soient occupés à déballer leurs cadeaux pour faire un premier bilan de cette période capitale pour le commerce. Il est évidemment trop tôt pour tirer des leçons définitives, mais une chose est sûre, le web est en train de gagner la guerre. Selon un récent sondage Médiamétrie, en 2012 plus de la moitié des dépenses de fin d’année auront été effectuées sur la Toile. Les Français se sont définitivement convertis aux courses sur Internet. Et pas seulement pour Noël, mais tout au long de l’année. Cela pose évidemment la question de l’avenir du commerce traditionnel. Aujourd’hui, la plupart des enseignes spécialisées souffrent. Qu’il s’agisse de Darty, la FNAC mais aussi de Carrefour ou Auchan, les distributeurs historiques ont sans doute trop tardé à faire évoluer leur modèle. Ils tentent de le faire à toute allure. Cette mue est difficile et douloureuse. Mais ils n’ont aucune chance de la réussir si les dés sont pipés.

Or vous considérez que c’est exactement ce qui se passe.

Absolument. Les combattants ne luttent pas à armes égales. Tout semble fait pour que les distributeurs traditionnels soient lestés de semelles de plomb, quand on donne des ailes aux géants de l’e-commerce. C’est particulièrement vrai dans trois domaines. D’abord, quand ils souhaitent ouvrir une nouvelle implantation, les premiers sont soumis à tout un tas de chicaneries, alors que les seconds sont accueillis à bras ouverts. Amazon va ainsi recevoir plus d'un million d'euros d'aides publiques pour son nouvel entrepôt en Saône-et-Loire. De la même manière, quand la question de l'ouverture des commerces le dimanche déchaîne les passions dans l'Hexagone, eBay, Amazon ou iTunes sont eux ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Mais c’est surtout en matière fiscale que la différence de traitement est la plus criante. Au total, la grande distribution par exemple est soumise à pas moins de 80 taxes diverses et variées, quand les géants de l'e-commerce, eux, jouent avec les failles de la législation européenne pour payer un impôt quasi symbolique.

Cette question de la lutte contre le dumping fiscal des multinationales du Web est en train de devenir une priorité dans plusieurs pays européens

Oui, la mobilisation est désormais générale sur le sujet. Et c’est tant mieux. Il était temps que les Etats se réveillent. Rétablir rapidement un champ concurrentiel équitable est devenu impératif pour assurer la survie des acteurs historiques. Et puis, il ne faut pas oublier que les sommes en jeu sont très importantes. Ce qui est loin d’être négligeable pour des finances publiques en mal de recettes. L’an dernier, Amazon a ainsi reconnu que le fisc américain lui réclamait 1,5 milliard de dollars d’impôts impayés. En Europe, Amazon toujours, mais aussi Google ou encore eBay font l’objet d’enquêtes fiscales. L’idée est de mettre fin à un système d’optimisation fiscale où l’on retrouve une fois de plus en vedette, les paradis fiscaux. Des évolutions réglementaires et une meilleure coopération entre les Etats seront nécessaires. Ce qui signifie que le problème a peu de chances d’être réglé d’ici à Noël 2013.

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