L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». ___Le grand rendez-vous de cette nuit, c’était LE premier discours de Barack Obama devant le congrès américain. La question qui court sur certains blogs de medias américains ce matin est intéressante. On lit des commentaires enthousiastes sur un grand discours devant un Congrès qui l’a applaudi debout. Mais aussi quelques remarques plus déçues sur le thème : tout était déjà connu, quand va-t-il passer à l’action ? Cette lecture est injuste parce que Barack Obama, c’était son discours le plus important depuis le 20 janvier, affrontait là un test redoutable. Pourquoi redoutable ? Parce que, depuis un mois, la situation s’aggrave : rien qu’hier, on a vu la confiance, économique pas politique, des ménages tombée au plus bas depuis 1967 ; on a appris aussi que le prix des logements a baissé de 20% depuis un an. Wall Street a perdu 10.000 milliards de dollars de capitalisation en cinq mois. Et puis, sur le plan politique, il y avait ces derniers jours une petite musique, pas un air mais quelques notes, dubitatives sur l’action d’Obama. Sur son plan de sauvetage des banques, sur son échec à convaincre les Républicains de soutenir sa relance. Qu’a-t-on appris de nouveau ? Il y a eu des confirmations, des précisions et une inflexion. L’inflexion majeure est sur le ton. Pendant sa campagne et depuis un mois, Obama avait un ton extrêmement lucide sur l’étendue de la crise, mais aussi extrêmement pessimiste et noir. Hier, il n’a pas gommé les difficultés, il a appelé à la rigueur et à la réforme, il a affirmé que l’heure de vérité sonnait pour les Etats-Unis, l’heure du Jugement pour les erreurs passées, mais il a clairement choisi un registre plus confiant, un peu reaganien : nous allons en sortir. C’est important parce que l’économie, la consommation, sont affaire de psychologie. Le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, avait montré la direction hier après-midi, en affirmant que la fin de la récession était attendue à la fin de cette année et que 2010 serait une année de rétablissement. Sur le fond, il y a une déception, avec peu de précisions sur le plan bancaire. Pour le reste, ce discours a à la fois vraiment marqué la fin des années Bush et montré qu’Obama ne renonce à rien de sa vision réformatrice. Sur l’éducation, sur la recherche. Sur le climat aussi : il s’est engagé sur des quotas d’émission des gaz à effet de serre, il va doubler en trois ans la production d’énergies renouvelables. « Nous avons inventé l'énergie solaire mais nous sommes derrière l'Allemagne et le Japon », a-t-il lancé. Avec un autre exemple : « De nouvelles voitures hybrides sortent de nos chaînes de montage, mais elles rouleront sur des batteries fabriquées en Corée ». Autre priorité, la couverture santé sera une des priorités. La question des déficits n’est pas absente non plus puisque 2.000 milliards de dollars de dépenses inutiles ont été identifiées, dans la défense ou les subventions aux gros agriculteurs. Au total, ce discours n’est pas un gage de réussite, mais le candidat s’est mué en président. Tous ces engagements nous concernent de près. Si Obama échoue, c’est le monde entier qui va souffrir avec les Etats-Unis. Une remarque pour finir : je suis frappé par l’hommage et le rôle donné à la Chine. L’Asie est vraiment une priorité, Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat, a d’ailleurs commencé sa première tournée là-bas. C’est diplomatique et c’est très économique : ce sont les Japonais et les Chinois qui vont acheter la moitié des Bons du Trésor américain qui vont financer la relance.

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