La SNCF envisage de toucher au temps de travail des cheminots… et c’est votre journal « Les Echos » qui révèle cette information ce matin… Vous savez, si la SNCF s'attaque à ce dossier, même si le changement ne toucherait que 25.000 des 156.000 cheminots, c'est qu'il y a urgence. Le dialogue social à la SNCF est compliqué. Le passage des horaires d’été à ceux d’hiver et vice-versa suffit souvent à déclencher une grève. Or là, il s’agit de changer un monument : le RH0077. Une bible où sont consignées les règles de travail comme par exemple le nombre de jours de congés ou la durée maximale d’une journée aux manettes. Cette urgence qui pousse la direction de la SNCF à s'attaquer au RH0077, c’est l’ouverture à la concurrence des trains express régionaux, les TER. Les régions pourront bientôt mettre en concurrence leurs lignes entre la compagnie ferroviaire et ses concurrents comme Veolia ou Deutsche Bahn. La SNCF serait donc prête à casser le statut des employés des TER ? C’est un peu plus sioux. Dans le fret, ouvert à la concurrence depuis quatre ans, rien n’a changé dans la vie des conducteurs de train. Résultat : la SNCF s’est fait tailler des croupières par ses concurrents. Les écarts de coûts atteignent 30%. Pour survivre, le fret SNCF va devoir être transféré vers des filiales au statut social moins avantageux. Pas question de répéter la même erreur pour les TER. La SNCF voudrait donc convaincre ses rivaux de se mettre d'accord sur une convention collective. Avec des avantages qui seraient forcément en retraite sur ceux de l'entreprise publique, mais ce système aurait l'immense avantage d'encadrer la concurrence sociale. Est-ce que ce projet de convention collective peut aboutir ? La voie est étroite, bien plus qu'une voie de chemin de fer. D'un côté, les syndicats sentent bien que tout ne pourra pas continuer comme avant. Mais ils sont eux-mêmes en concurrence, ce qui va les pousser à la surenchère, et donc à la bataille du rail, la bataille sociale du rail, c'est-à-dire la grève. De l'autre, les concurrents de la SNCF ne sont pas prêts à se laisser imposer des contraintes trop fortes qui casseraient leur rentabilité. L'Etat sera sans doute tenté de jouer les chefs de gare. Qu'est-ce qui se joue au fond dans ce changement social ? Eh bien c'est le passage du monopole à la concurrence. Ce n'est jamais simple, et en France c'est encore plus compliqué qu'ailleurs. On voit bien qu'il y a une deux forces qui jouent dans des sens opposés. D'un côté, il y a donc la montée de la concurrence. Parce que Bruxelles le veut, mais derrière nous l'avons aussi bien voulu. Pas par idéologie libérale, mais tout simplement parce que la concurrence est très souvent plus efficace que le monopole. C'est exactement la même conviction qui avait animé en 2008 la commission Attali, qui va relancer ses travaux ce soir. De l'autre côté, il y a une demande toujours plus forte de protection. Parce qu'il y a la crise, parce que le monde change de plus en plus vite et qu'il est plus confortable d'être à l'abri, surtout si ce sont les autres qui paient ce confort. On a vu resurgir la vieille obsession française du champion national, c'est-à-dire du bon gros monopole. C'est ce qui se joue aujourd'hui autour du nucléaire: vaut-il mieux EDF en tête de file indiscutable ou au contraire une concurrence EDF contre GDF -Suez. Concurrence ou monopole: c'est ce débat essentiel qui se joue sur les TER.

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