Les écoles des mines augmentent fortement leurs droits d’inscription, qui vont passer de 850 euros par an à 1850 euros et même 3.800 euros pour les étudiants non européens. (Nous vous en parlions hier… ) Alors, est-ce que c’est une mesure opportune ? C’est en tout cas une mesure qui fait débat. L’augmentation des droits universitaires est contestée en Angleterre, au Canada, comme en France où nous avons appris, dès le plus jeune âge, que l’école est libre et gratuite. Alors commençons par le début : pourquoi les écoles des mines relèvent-elles leurs droits ? Tout simplement parce que l’Etat fait des économies. On peut bien sûr dire qu’il ferait mieux de tailler dans l’argent de la police, la santé ou le logement, mais en attendant les dirigeants des écoles des mines se débrouillent avec des crédits en baisse de 20% sur 2013-2014. Soit ils sabrent leur budget au risque de réduire la qualité de leur formation. Soit ils demandent davantage à leurs élèves. Et ce n’est pas fini.

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Batsch © Radio France
**Mais alors, Jean-Marc, pourquoi les études supérieures coûtent-elles si cher ?** Le président de l’université Dauphine, Laurent Batsch, l’explique très bien dans un petit livre d’entretiens avec le journaliste Denis Jeambar. Il faut des salles équipées en audiovisuel, des systèmes d’information performants, un service des stages, de la documentation en ligne, un meilleur accompagnement des étudiants avec du tutorat, etc. Quant aux enseignants, ils sont de plus en plus sur un marché mondial avec des offres de salaire qui peuvent être trois ou quatre fois plus élevés qu’en France, comme aux Etats-Unis par exemple. Il faut donc de plus en plus d’argent alors que l’Etat en donne de moins en moins. **Mais la hausse des droits pénalise les étudiants modestes !** Je voudrais renverser cette perspective avec deux arguments.D’abord, la faiblesse actuelle des droits profite surtout aux plus aisés. Les cadres font le sixième de la population active, mais leurs enfants font le tiers des étudiants. En forçant le trait, la TVA payée à égalité par l’ouvrier et le dirigeant finance l’université qui profite bien plus aux familles aisées qu’aux familles modestes : c’est l’inverse de la solidarité. Deuxième argument : ce qui coûte le plus cher dans la vie d’un étudiant, ce n’est pas les études mais la vie. Aujourd’hui, les droits d’inscription à un master sont de 254 euros par an, soit le coût d’un abonnement mobile, ou de deux cigarettes par jour. Même à 1850 euros par an, le nouveau tarif des écoles des mines, on est à 150 euros par mois, la moitié d’une chambre d’étudiant en ville – et encore, pas à Paris ou Aix-en Provence. Si on veut parler justice, ou accessibilité des études supérieures, c’est l’ensemble du tableau qu’il faut brosser. **Vous êtes donc pour une hausse des droits d’inscription ?** Oui, et même pour une hausse sensible, avec une excellente raison : les étudiants deviendront alors enfin exigeants vis-à-vis de l’université. Avec tout de suite deux conditions : une modulation de la hausse selon les revenus. Et puis un vrai essor des bourses, et des prêts portant non seulement sur les études mais aussi sur l’ensemble de la vie étudiante. ## Les liens [Le blog de Jean-Marc Vittori](http://blogs.lesechos.fr/jean-marc-vittori/jean-marc-vittori-r81.html)
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