Le dernier couac fiscal n'a duré, ce week-end, qu'une petite matinée. On progresse ! Sur le fond, la raison du succès de l'idée d'un impôt sur le revenu universel est simple : le niveau des impôts et notre relation intime à l'argent.

L'argent : un sujet encore tabou pour les Français  ?
L'argent : un sujet encore tabou pour les Français ? © Getty

Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des Territoires, expliquait dans le JDD que pour récréer le lien entre citoyens et impôt, chacun devrait contribuer même symboliquement, même en payant un euro.
Samedi, Matignon avait relu l’interview, avait laissé passer, mais l’a démentie dès hier matin.

Au-delà de ce qu’on peut dire sur le bazar fiscal et cet étrange concours Lépine ministériel pour imaginer des hausses d’impôt - concours qu’Edouard Philippe s’évertue à enrayer - au-delà de cela, il y a la question de fond. Est-ce une bonne idée de faire payer l’impôt sur le revenu aux 38 millions de foyers fiscaux ?

La réponse technique est simple. C’est non.
Si 43% des contribuables paient l’impôt sur le revenu, chiffre le plus bas de notre histoire, tous paient la CSG, qui est la 1ère tranche d’imposition, et la TVA. L’impôt sur le revenu universel est un mythe, il existe déjà.

Seconde réponse, quand on regarde les comparaisons internationales, la progressivité de notre système fiscal et social est dans la moyenne, les plus pauvres comme les plus riches ne sont ni sous ou surtaxés les uns par rapport aux autres. Circulez, il n’y a rien à voir. Alors, se dit-on, pourquoi ce ras le bol et cette demande assez répandue d’un impôt sur le revenu pour tous, que l’on entend dans nombre de réunions publiques ? 

Oui, pourquoi ? 

Parce qu’en France on paie collectivement, tous autant que nous sommes, plus d’impôts au sens large qu’ailleurs. Dès lors, il n’est pas surprenant que le corps fiscal soit plus écorché, plus brûlé à vif, qu’ailleurs. En contrepartie, il y a bien sûr davantage de services publics, mais la part des revenus pré-engagés -comme on parle des dépenses pré-engagées-, est élevée. 

La seconde raison, plus intime, plus culturellement propre à la France, est que personne ne sait combien les autres paient d’impôt sur le revenu, alors que certains paient beaucoup. Cela ne se dit pas, cela ne se montre pas, ceux qui en paient n’en sont pas fiers, ceux qui n’en paient pas pensent que les plus riches devraient en payer plus. Je vois dans votre regard que vous pensez que je m’éloigne du sujet de départ et de Jacqueline Gourault. Mais non : on parle d’argent et d’impôt tout le temps, mais en fait dans le concret il est tabou.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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