La SNCF a publié ses résultats hier. Et surprise, elle a plutôt bien limité les dégâts…

« Dans la tempête, le paquebot SNCF a su régater comme un petit navire. » La formule du patron des cheminots, Jean-Pierre Farandou, résume assez bien la situation. Alors les chiffres restent impressionnants : une activité TGV divisée par deux, c’est inédit. Mais cette crise a été totalement inédite – avec un premier confinement qui a coulé le trafic, un redémarrage difficile à l’été et une vraie reprise toujours impossible. Au final, les pertes sont néanmoins plus faibles qu’attendu. Et le chiffre d’affaire chute certes, mais de 14% seulement. Contre 60% par exemple chez l’hôtelier Accor. La SNCF a aussi taillé dans ses coûts, parfois sans ménagement comme chez Eurostar.

Mais cette crise va quand même coûter très cher à l’Etat…

Oui car l’Etat actionnaire n’a pas mégotté non plus, avec un plan de relance massif - près de 5 milliards - pour des investissements que l’entreprise ne pouvait plus financer. Un bol d’air indispensable, la remise à niveau des lignes restant une faiblesse endémique. Cela s’est ajouté à la reprise de 25 milliards de dettes prévue avant le Covid. Sans oublier les économies salariales liées au chômage partiel. Les régions aussi ont payé leur écot, en finançant sans rechigner les plans de transport quand bien même le trafic des TER chutait. Quant à la menace de la concurrence sur les grandes lignes, elle a été renvoyée sine die, les candidats étrangers attendant un retour à la normale pour tester le marché.  

Justement, à quand ce retour à la normale pour le trafic ferroviaire ?

C’est la grande question. On compte toujours 50% de clients de moins sur les TGV comme les TER, donc comme me le disait hier un dirigeant, le trou continue de se creuser. En interne pourtant, l’optimisme prédomine, car on l’a vu aux vacances de Noël, les réservations peuvent repartir très vite. Rien à voir avec le trafic aérien. Le train va aussi bénéficier de la conscience écologique accrue dans cette crise. Mais dans l’autre sens, la clientèle des cadres – 40% du chiffre d’affaires grandes lignes – ne reviendra pas comme avant, télétravail et économies obligent. Et cela pèsera aussi sur les trains du quotidien. Le retour à l’équilibre du système ferroviaire, prévu pour 2022 en échange de la reprise de dette, est donc loin d’être gagné.

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