Nicolas Sarkozy a, comme prévu, tenu hier sa conférence de presse consacrée –entre autres sujets– au G20. Qu’en avez-vous pensé ?

Je crois qu’on peut dire qu’il a été excellent dans la forme. Il a essayé de rendre compréhensibles des sujets qui ont tout pour épouvanter la classe politique, les conseillers en communication – t les journalistes. Sur le fond (c’est quand même l’essentiel) et pour se limiter au G20, disons qu’il a fixé la barre haut. Il avait le choix : des objectifs limités mais sans risque, ou ambitieux, mais avec un risque d’échec. Il a choisi la seconde voie. Si l’on excepte les professionnels du scepticisme, tout le monde comprendra qu’il vaut mieux demander beaucoup pour obtenir un peu.

Dans ce qui a été évoqué, il faut regarder de près. Tout en haut de la pile, il y a l’envie de freiner la volatilité et l’envol des prix agricoles –même si on sait que le rôle de la spéculation est discuté, y compris à Bruxelles. On trouve aussi la (vieille) idée de la taxe sur les transactions financières ou l’élaboration d’une charte sociale mondiale. En revanche, la question des monnaies n’est plus centrale. Plus question de contester le rôle du dollar.

Cela fait beaucoup de choses : quelle va être la méthode ? Beaucoup de réunions. J’ai compté d’ici l’automne 10 sommets internationaux en France, dont 7 d’ici juin, sur l’emploi, Internet, la drogue, l’agriculture etc. C’est le seul moyen, pense Nicolas Sarkozy, de lever les oppositions qui seront fortes. La France veut par exemple exiger de la transparence sur la consommation, les stocks et les récoltes de produits agricoles. Evidemment, la Russie n’a aucune envie qu’on lui interdise de constituer des stocks de blé quand çà lui chante. Sur ce sujet comme les autres, la question posée, au fond, est simple : jusqu’où Nicolas Sarkozy est-il prêt à aller pour obtenir quelque chose ? Jusqu’à la rupture si les Etats-Unis et la Chine (le G2) ne veulent pas bouger d’un pouce ? Mais quelle rupture ? Quand vous êtes autour d’une table, vous pouvez claquer la porte ; pas quand vous la présidez…

L’autre question est de savoir comment on mesurera le succès… ou bien l’échec ? C’est l’avantage et l’inconvénient pour le Cef de l’Etat. Sur les retraites, la réforme passe ou la réforme cale. Sur le G20, les critères sont plus flous. On l’a dit, l’espace pour aboutir à quelque chose de significatif est petit. Mais ce n’est pas la même chose d’obtenir que le FMI devienne le pilote de l’économie mondiale sur les flux de capitaux ou une série d’indicateurs et de rapports. En se fixant beaucoup d’objectifs, Nicolas Sarkozy espère en atteindre quelques uns. Pour que l’opinion se dise : au moins, il aura essayé !

Quel est le message économique, justement, pour l’opinion française ? Il y a un message politique implicite, avec un piège tendu au PS : au moment où Dominique Strauss-Kahn se demande s’il va quitter la scène internationale pour revenir en France, Nicolas Sarkozy, lui, occupe la scène internationale et française. Il y a aussi un message économique implicite mais pas assez explicite : la mondialisation reste une chance si elle est encadrée, régulée. On aurait d’ailleurs aimé entendre plus de choses sur la place de la France dans la mondialisation.

Cette conférence peut-elle, enfin, avoir un effet sur l’intérêt des Français pour le G20 ? Ce serait bien, mais ce n’est pas sûr. Car seuls les hommes politiques (et les journalistes) pensent que les Français regardent les télés d’infos en continu à 11 heures du matin et ont donc vu plus de 40 secondes de ce rendez-vous.

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