Le Fonds monétaire international a présenté hier ses prévisions économiques. Vous en retenez deux mots : gâchis et excessif.

Le mot gâchis n’est pas écrit noir sur blanc, mais, à lire l’analyse du FMI, c’est bien à cela que l’on pense. Le gâchis, c’est l’occasion manquée après 2009 de remettre l’économie mondiale sur des rails plus solides, plus stables, plus équilibrés. Mais le gâchis, c’est surtout celui de l’Europe et de la zone euro. C’est elle qui a grippé la croissance en 2011, c’est elle qui risque d’entraîner le monde dans la récession en 2012 si ses problèmes ne sont pas réglés. Le plus rageant est qu’il n’y a aucune raison économique objective à cette situation - pas d’accident industriel, climatique etc. -, c’est l’incertitude sur sa capacité à en sortir qui créé une sorte de burnout collectif. Concrètement, le FMI anticipe l’année 2012 avec une récession de un demi-point pour la zone euro. Oui, gâchis est le mot.

Ailleurs, c’est différent ?

Chaque continent a ses difficultés. Aux Etats-Unis, la fermeté de la reprise est discutée. Mais globalement, les chiffres parlent. Pour les Etats-Unis, le FMI voit une croissance de 1,8% cette année, comme en 2011. Pour l’ensemble des pays émergents, ce serait 5 %, dont 8 % pour la Chine mais aussi plus de 5% pour l’Afrique noire. Clairement, la zone euro est la seule région au monde à propos de laquelle on peut dire : la parenthèse 2008-2009 ne s’est pas refermée. En réalité, la situation est même plus inquiétante puisque, à côté du scénario central à -0,5% dont on vient de parler, il y en a un autre à - 4% si les gouvernements européens ne parviennent pas à régler les problèmes de la dette. Christine Lagarde, la patronne du FMI, craint même une spirale comme dans les années 30.

Ce scénario est-il le plus probable ?

C’est là qu’un deuxième mot peut être retenu, excessif pour pessimisme excessif. Depuis l’automne, on a souvent évoqué le risque vital encouru par l’euro. Il semble que peut-être (souligné trois fois), l’horizon s’éclaircisse un peu . Les marchés anglo-saxons ont compris que la Banque centrale européenne faisait le job en assurant de la liquidité aux banques pour financer l’économie. Certes, le cas grec reste une épine qui peut faire tout tomber, mais il se passe quelque chose. Face à cela, le FMI - on y revient - joue plus noir que noir. Il prévoit une croissance de 0,4% pour l’Allemagne alors que Berlin, toujours prudent, prévoit le double. Il (le FMI) recommande de la rigueur et moins de rigueur et une meilleure gouvernance - ce qui n’est très original. Enfin, il doit se souvenir que ce sont des déclarations maladroites de Christine Lagarde fin août sur les faiblesses des banques qui sont à l’origine de semaines de panique. Faut-il prévoir le pire pour ne pas être pris au dépourvu s’il arrive ? En réalité, contrairement à ce que dit Fabrice Lucchini dans un film de Lelouch, le pire est toujours décevant.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.