Emmanuel Macron s’est donc longuement exprimé à Davos hier.

Il ne s’est pas contenté de faire le service après-vente de ses réformes, il a donné sa vision du fonctionnement de l’économie mondiale. Cette vision est alarmiste (je cite) : « la mondialisation traverse une crise majeure. Si nous ne lui redonnons pas un sens, dans cinq, dix ou quinze ans, ceux qui veulent en sortir vont gagner ». C'est vrai. 

Politiquement, un président qui mène une politique (pour l’instant) de droite ou de centre-droit chez lui, à l’intérieur, et a un discours de gauche moderne à l’extérieur, cela rappelle des parrains : ce pourrait être Strauss-Kahn pour le dehors, Giscard pour le dedans. 

Au-delà, pour résumer sa pensée complexe, il faut retenir une idée, un mot et une proposition. 

- L’idée, c’est que l’économie bougeant très vite partout, c’est à chaque pays de s’adapter, d’être flexible ; mais en contrepartie, c’est aux Etats de trouver des accords pour lutter ensemble pour le climat, contre la fuite fiscale, pour des normes sociales, contre les inégalités. 

- Le mot martelé, c’est un mot très juste et parlant qui plaît à gauche, celui des «biens communs» (la planète, la santé, l’éducation). Son utilisation par Macron, c’est nouveau. 

La proposition concrète, enfin, est de donner un pouvoir élargi au Fonds monétaire international sur la finance opaque voire le social.

Tout cela est brillant, raisonnable et cohérent. Mais la question posée est de savoir quelle portée a l’appel raisonnable et bienveillant d’un «contrat mondial» face à Trump, au Brexit, à la Turquie, face aux nationalismes, face à tous ceux -y compris des entreprises- qui ne jouent pas ces règles du jeu. Quels gages faut-il leur donner pour les ramener dans le camp de la raison ?

Sans oublier la question des cohérences.

On a envie d’exprimer notre honte de Français après ce qui s’est passé lundi, jour du 55ème anniversaire du traité de l’Elysée franco-allemand. Le matin, tous les députés, tout le gouvernement allemands et Angela Merkel écoutaient à Berlin le président de l’Assemblée nationale française ; l’après-midi, les députés -ceux d’En Marche en tête- étaient fort peu nombreux à Paris pour écouter Wolfgang Schäuble, ministre allemand des finances. Edouard Philippe, lui, qui aurait dû être là, recevait les autonomistes corses. Rien de dramatique ? C'est vrai. Juste de la mauvaise éducation et l’oubli que le franco-allemand est notre plus proche bien commun qu'il ne faut pas mettre à mal.

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