On le sait : l'économie nourrit des colères. Mais les incertitudes politiques et les populismes plombent désormais l’économie.

Depuis quelques années, l’habitude a été prise, après le Brexit, après l’élection de Donald Trump, après l’arrivée au pouvoir de la coalition populiste italienne, avec les Gilets Jaunes, l’habitude est prise d’asséner : c’est la conséquence d’un système économique défaillant, responsable de beaucoup de difficultés, d’inégalités, et au fond, disons-le, de malheurs. 

C’est indubitable, il y a des failles et des dysfonctionnements qui expliquent les colères et les populismes -même si tout n’est pas économique. Donc, oui. 

Mais ce que l’on commence à voir aujourd’hui, c’est l’inverse : çà y est, les incertitudes, et les politiques populistes, brutales, non-coopératives, les populismes freinent désormais l’économie. 

Hier à Francfort, les dix-neuf gouverneurs de la Banque centrale européenne ont reconnu à l’unanimité un ralentissement de l’économie internationale et de la zone euro, et on a appris aussi hier que le moral des chefs d’entreprise européens est au plus bas depuis l’été 2013, bientôt six ans. On ne parle pas de récession, mais certains commencent à y penser. 

Pourquoi ? Les tensions commerciales ouvertes par les Etats-Unis stressent la Chine et l’Allemagne, et les acteurs économiques de la planète sont suspendus chaque minute aux tweets impulsifs de Donald Trump. 

Quoi encore ? Les résultats de Matteo Salvini ne sont pas éclatants et provoquent des tensions. Le Brexit sans fin (les Britanniques ont voté il y a plus de deux ans et demi, depuis c'est du surplace ou le moonwalk de Mickail Jackson), le Brexit a des conséquences. 

Bref, tout cela peut se terminer par du chômage et du pouvoir d’achat en moins. Il n’y a pas de miracle, l’économie a des conséquences politiques mais l’inverse aussi.  

Un exemple frappant, avec Airbus. C’est du concret sur le Brexit. Le patron d’Airbus, Tom Enders, a mis en garde les Britanniques, dans une vidéo virale (enfin, virale dans les cercles économiques), sur les conséquences que son groupe en tirera si les frontières sont rétablies, avec des contrôles, des droits de douane et des complications. Le constructeur aéronautique emploie sur place 14.000 personnes en direct, y fabrique toutes les ailes de tous ses avions, et travaille avec 4.000 sous-traitants. Enders dit : si Airbus doit le faire parce que nos coûts vont augmenter face à Boeing, nous déplacerons des usines. 

Certains diront : c’est un chantage. C’est surtout de l’économie pratique. On peut débattre à l’infini de politique, il faut le faire, on peut se dire que la politique est supérieure à l’économie, mais elle n’est pas hors-sol.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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