L’édito éco de Dominique Seux, des Echos. Grand oral aujourd’hui pour Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, qui va présenter son plan de soutien à l’industrie automobile.

Grand oral effectivement pour un ministre qui est d’abord un malin : il dévoile son plan le jour même où PSA Peugeot Citroën va confirmer devant son comité central d’entreprise la suppression de 8.000 postes et la fermeture d’Aulnay. Une façon d’effacer dans la mémoire collective la fameuse phrase de Jospin après l’annonce de suppressions d’emplois chez Michelin : « l’Etat ne peut pas tout ». Eh bien, si, répond Montebourg, l’Etat peut, il n’est pas spectateur impuissant, il est acteur. La grande question est de savoir si cette journée va marquer la fin d’un certain romantisme en économie, avec un retour aux recettes classiques, connues et finalement consensuelles.

Ce plan, c’est un moment important…

Pour l’automobile (on va y revenir), mais aussi pour la présidence Hollande. Pourquoi ? Parce que c’est, si on y réfléchit un instant, la première page économique que va écrire de sa propre main, de sa seule main, la nouvelle équipe. Depuis le 6 mai, qu’a-t-elle fait en priorité ? Elle a adopté une nouvelle façon de gouverner, avec un retour d’un exercice du pouvoir moins « stressé » qu’avec Nicolas Sarkozy - comme le dit Jean-Pierre Raffarin. Sur le fond, elle a surtout défait (avec enthousiasme et systématisme) l’héritage Sarkozy. Les retraites, les heures supplémentaires, les impôts, les peines-plancher, le nombre de fonctionnaires etc. Il y a eu beaucoup de déconstruction.

Et donc, est venu le temps de la construction ?

Oui ! En fait, il y a deux temps. Depuis quelques jours, avec la conférence sociale, des déclarations, on entend que des inflexions sont probables par rapport aux projets annoncés avant l’élection présidentielle. L’hypothèse d’un relèvement de la CSG, quel que soit son objectif, apparaît de moins comme une hypothèse. Les lettres de cadrage sur le budget 2013, qui seront connues en tout début de semaine prochaine, se négocient durement, la rigueur sur certaines dépenses se prépare. C’est une sorte d’atterrissage, bien géré politiquement d’ailleurs.

Et puis il y a ce premier plan économique pour l’automobile.

Le gouvernement est resté discret mais on sait que le bonus-malus sur l’achat de véhicules en fonction de leur « verditude » sera modifié pour aider davantage les voitures électriques. On sait que des enveloppes seront débloquées pour la recherche, sur des fonds français ou européens. Que les administrations vont acheter beaucoup plus de véhicules propres pour aider Renault et PSA ; On devine que les constructeurs devront prendre des engagements sociaux ; on subodore qu’Arnaud Montebourg pourrait lancer une campagne pour inciter les Français à acheter des voitures made in France – par patriotisme ! Mais tout ceci, on en conviendra, n’est pas révolutionnaire, et ne convaincra pas que Aulnay ne fermera pas.

On verra les mesures, mais il y aura aussi le ton vis-à-vis de PSA.

Le gouvernement a démarré en parlant de « mensonges », de « dissimulations » et accusant la famille Peugeot de s’en mettre plein les poches. Ce ton vise à obtenir des contreparties aux aides mais il a été perçu comme méprisant et a été quand même beaucoup critiqué. On verra si, aux yeux de l’exécutif, le modèle est Renault, qui a délocalisé une grosse partie de sa production mais qui a été tellement critiqué pour cela. On verra de quelles victoires pourra se prévaloir le gouvernement pour aider l’automobile et les emplois. D’une certaine manière, on verra si le romantisme résiste au réalisme ou corrige le réel.

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