On ose à peine ce matin utiliser la formule rituelle : la semaine sera décisive pour l’euro ! Vous avez raison : on ose à peine le dire, tant le mot est éculé et presque ridicule. Sommet déterminant, rencontre décisive ... À chaque fois, il y a une attente, à chaque fois il y a un communiqué triomphant, à chaque fois on y croit, à chaque fois la déception arrive après quelques heures ou quelques semaines. J’ai fait le compte : j’ai consacré une centaine de chroniques à ce micro à la crise de l'euro. On ne peut s’empêcher de se dire que les peuples et les dirigeants européens ont perdu un temps précieux qui aurait pu être utilisé à autre chose. Bref. Après le mini-sommet de Rome vendredi entre d’un côté de la table, les trois hommes du sud, Monti, Rajoy et Hollande, et de l’autre, la femme du nord, Merkel, un dîner aura lieu à Paris mercredi entre la chancelière et le président pour arrondir les angles et préparer Bruxelles.Y a t-il, à quatre jours du sommet, des avancées ? Plusieurs. Une est apparue hier : le mandat des Européens est clair. Le JDD a publié hier un sondage réalisé dans les grands pays de la zone euro. Eh bien, les européens veulent à ne grande majorité garder l’euro. Pour le reste, les esprits bougent pour aller vers davantage d'intégration politique européenne : l’évolution d’un Alain Juppé est symptomatique. Les choses sont claires désormais. L’euro économique est mort s’il n y a pas un euro politique qui vient non seulement lui donner une béquille mais l’asseoir et le faire vivre. En 1958-1960, le franc lourd avait remplacé l’ancien franc. Le nouvel euro doit remplacer l’euro actuel en le lestant d’une colonne vertébrale. Derrière les débats sur l’union bancaire, les fonds de secours, les euro-obligations, les euro-bills (obligations à court terme), la surveillance budgétaire, c’est de cela qu'il s’agit.

Il y a donc encore du chemin à faire ? Oui, parce que le contenu de cette avancée nécessaire reste flou. Parce que Paris et Berlin restent sur deux agendas opposés. Berlin veut bien plus de solidarité, mais à condition d’avoir plus de surveillance. Paris veut d’abord de la solidarité. En gros, Paris dit : il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ; Berlin dit : les preuves d’amour, il faut les mériter. Pour l’instant, la question est de savoir si les européens vont une nouvelle fois essayer de tricher avec la réalité. Paris va mettre en avant la relance à 120 milliards d’euros, qui est surtout de l’affichage. Et une partie de l’entourage de François Hollande est prêt à tout pour faire perdre Angela Merkel à ses élections en 2013. De son côté, Berlin reste campé sur une attitude punitive et pas positive pour régler les problèmes de court terme de l’Espagne. Oui, il y a encore des progrès.A quelle condition ce sommet pourrait-il rassurer ? Une seule : la simplicité, enfin. Les dirigeants européens doivent relire le poète Boileau qui, en 1674, disait : Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément. Et j’ajoute : et inversement.

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