L’Insee a annoncé hier soir sa nouvelle prévision de croissance pour cette année : 0,7% au lieu de 1% prévue par le gouvernement. Ça ne repart pas, pourquoi ?

Cela ne repart pas, cela piétine, la reprise est en panne, parce que le moral n’est pas là. Après, on peut trouver toutes les explications techniques - et il y en a -, mais c’est la raison principale. Tant que la confiance ne reviendra pas, les ménages et les entreprises ne croiront pas à l’avenir, n’investiront pas. A trois reprises, un François Hollande habillé en M. Météo a annoncé le beau temps. Mais l’inversion annoncée de la courbe du chômage en 2012, puis la reprise, elle est là en 2013 et enfin le retournement, il arrive début 2014, tout a raté. Si on osait, on conseillerait au chef de l’Etat de s’abstenir ! Et de se concentrer sur d’autres réformes. Votre invité de 8 h 20, Jean Pisani-Ferry, qui dirige le laboratoire d’idées du gouvernement - l’ex-Plan-, va remettre justement aujourd’hui des propositions d’action pour les dix prochaines années.

Cela étant, l’Insee donne des explications purement économiques.

Où en sommes-nous ? Vous connaissez la formule : quand je me regarde, je me désole, quand je me compare, je me rassure. Là, on ne se rassure pas. Croissance française : + 0,7% - troisième année sous les 1% ; en Allemagne, c’est + 2,1%, aux Etats-Unis, +2%, en Grande-Bretagne + 2,8%. Ouf, il y a l’Italie, +0,1%. Alors, à court terme, la conjonction du gros tour de vis fiscal pour les ménages et des économies dans l’investissement public joue. Mais l’Insee est cash : c’est la mauvaise santé de la construction qui ralentit en ce moment la croissance de 0,4 point. Les ménages ne construisent plus, parce qu’ils craignent le chômage, parce que le coût de la construction ne fait que monter, parce que les investisseurs en locatif n’investissent plus, parce que des lois ont stressé le marché.

Pourquoi les mesures du gouvernement ne marchent-elles pas ?

L’Insee souligne que le taux de marge des entreprises remonte, grâce au crédit d’impôt compétitivité. C’est prometteur pour l’investissement. Mais les patrons ont besoin de stabilité, ils ont besoin que la consommation remonte. Et elle remontera quand les ménages, eux aussi, seront rassurés, sur leurs impôts notamment. Mais plus profondément, et c’est le sens du rapport de Jean Pisani-Ferry, c’est le décrochage de la France entamé il y a 25 ans, et amplifié par les 35 heures, qu’il faut corriger. Trop de petits pas, d’allers retours dans les réformes –encore ces jours-ci- ont depuis longtemps sapé la confiance dans les institutions et bloquent désormais l’économie.

L’Elysée espère passer par l’Europe pour relancer la croissance…

Cela va être l’enjeu du sommet européen de demain et, c’est vrai, l’investissement européen est une vraie piste. Mais y voir une planche de salut, c’est comme penser qu’une victoire de la France en Coupe du Monde à Rio ferait tomber du ciel un point de croissance tout cuit. Hélas, les buts, personne ne nous les donnera, c’est à nous de les marquer !

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