Deux ans après le référendum sur le Brexit au Royaume-Uni, le torchon brûle entre les entreprises et la Première ministre Theresa May.

Oui, le feu couvait depuis longtemps, mais cette fois, trop c’est trop, et c’est Airbus qui a déclenché l’étincelle. Le géant aéronautique menace ni plus ni moins de quitter le Royaume-Uni en cas de Brexit sans accord de divorce.

Un choc outre-Manche, où Airbus emploie 14 000 personnes, près de 100 000 sont même concernées dans la filière. Les patrons de Siemens et BMW viennent eux aussi de sortir du bois, alors que jusque-là, les entreprises restaient discrètes, redoutant d’inquiéter leurs salariés et de prendre des coups dans le débat public. Elles préféraient influer dans la coulisse, pour aboutir à une version douce du Brexit.

Mais ce lobbying paraît sans effet sur Theresa May, qui n’a aucune marge de manœuvre dans son propre camp. La Première ministre continue de prôner la sortie du marché unique tout en voulant conserver des liens étroits avec l’Union européenne. Bref, c’est toujours la quadrature du cercle. Et à neuf mois du Brexit, le flou reste complet sur les conditions de la séparation. Pire, le scénario d’un "no deal" gagne du terrain. Pour les entreprises, ce serait un saut dans le vide.

Concrètement, qu’est-ce qui changerait vraiment ?

Pascal Lamy, l’ancien patron de l’OMC, a l’habitude de dire que "le Brexit revient à retirer un œuf d’une omelette". Le cas d’Airbus est éclairant. C’est l’exemple type d’entreprise dont la production est intégrée dans toute l’Europe. En cas de Brexit sans accord, les milliers de pièces fabriquées au Royaume-Uni ne seraient plus certifiées. Les passages en douane rallongeraient les délais, toute la chaîne de production serait perturbée. Dans ces conditions, prévient Airbus, les ailes des avions ne pourraient plus être assemblées au Pays de Galles. L’Espagne et l’Allemagne n’attendent que ça.

Et même en cas d’accord sur le Brexit, Airbus assure que la facture liée aux frontières bondirait et que ses investissements seraient gelés. L’entreprise veut des réponses rapidement pour adapter sa production à temps.

De telles interventions peuvent-elles changer la donne ? Elles rendent en tout cas les débats plus concrets. Dans un pays toujours aussi déchiré par le Brexit, c’est déjà ça.

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