L’air conditionné résume les défis de la lutte pour le climat : la climatisation émet de la chaleur qui accentue le réchauffement contre lequel elle veut lutter. Mais chacun aspire à un air frais. Doit-on changer les modes de vie et dire non à la climatisation ?

Doit-on changer les modes de vie et dire non à la climatisation ?
Doit-on changer les modes de vie et dire non à la climatisation ? © AFP / Peter Parks

Chacun sait que l’air refroidissant de la climatisation émet de la chaleur et du CO2 qui contribuent à accentuer la canicule et le réchauffement contre lequel il veut lutter. Ce paradoxe est bien connu. 

Deux points suscitent la réflexion. 

Le premier est de voir combien l’air conditionné symbolise le développement du monde (vrai ou pas vrai, c’est ressenti comme cela) : la demande d'air frais est en augmentation constante.

Au fur et à mesure que les peuples s’enrichissent, il y a une aspiration à vivre à une température décente. A l’heure actuelle, il y a 1,6 milliard d’appareils de climatisation dans le monde, selon les données de l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), soit deux fois plus qu’en 2000, qui utilisent déjà 10% de l’électricité mondiale et environ cent fois la production électrique française. 90% des Japonais et des Américains ont l’air conditionné chez eux. 

Cela ne fait que progresser : 135 millions d’appareils sont vendus chaque année. 

Mais, et c’est le second point, l’Europe, qui est le continent le plus investi dans la lutte contre le réchauffement (et aussi, c’est vrai le plus tempéré) ne représente que 6% du marché de la climatisation, contre 24% pour les Etats-Unis, pays pourtant moins peuplé et avec, surtout, une progression stupéfiante de la clim dans les pays émergents notamment en Chine. 

En 2017, pendant une canicule en Chine, la climatisation avait consommé la moitié de la demande d’électricité. 

Quelles leçons ?

Si on considère que la climatisation symbolise la croissance, comment faire alors que les températures vont augmenter inexorablement ? 

- Doit-on changer les modes de vie et dire non à la climatisation ? Interdire la climatisation relève du vœu pieux, la proportion d’habitants des pays émergents qui y aspirent est énorme. 

- Doit-on ordonner aux ingénieurs et aux industriels d’inventer des appareils qui consomment moins d’électricité et réchauffent moins ou pas l’extérieur – dans beaucoup de pays, la climatisation chauffe deux fois, en fonctionnant avec de l’électricité venant du charbon et en rejetant de l’air chaud. 

La solution, ce sont sans doute des normes internationales de plus en plus drastiques sur les appareils mais aussi voir surtout de construire des bâtiments isolants: certaines gares SNCF (Avignon, Aix ....), toute en verre et qui nécessitent une énorme climatisation, apparaissent très décalées par rapport aux enjeux climatiques. 

Mais on voit bien que l’on tâtonne. 

En conclusion, osons ceci : le fait que les décideurs politiques et économiques bénéficient tous, eux, dans leur vie quotidienne de la clim, ralentit peut-être la lutte contre le changement climatique.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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