L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». ___ Un rapport de l’Agence Internationale de l’Energie montre que la consommation mondiale d’électricité va baisser cette année pour la première fois depuis 1945. C’est un signe de plus de la période hors norme que nous vivons et un signe qui n’est pas sans conséquence. Cette prévision a été présentée hier à Rome à l’occasion de la réunion des ministres de l’énergie des huit grandes puissances mondiales. Et oui c’est ça, la principale conclusion est que la consommation devrait reculer de 3,5% en 2009, une première. C’est bien sûr la crise économique qui explique ce renversement spectaculaire. Spectaculaire parce que cette consommation a plus que doublé depuis 1980 et a même grimpé de plus de 25%, un quart, depuis 2000. Naturellement, toutes les zones du monde ne sont pas logées à la même enseigne. Le recul sera de seulement 2% en Chine, ce qui est quand même énorme dans un pays qui a installé une centrale électrique par semaine ces dernières années. En Russie, il s’agit d’une chute libre, à – 10%. Entre les deux, les grands pays riches seront à – 5%. Ce scénario est vraisemblable, mais pas partout de la même manière. En France, par exemple, le patron d’EDF, Pierre Gadonneix, vient de révéler que la consommation d’électricité de ses clients industriels, qui vont des usines d’automobile aux hauts fourneaux d’Arcelor- Mittal et à des dizaines de milliers d’entreprises, cette consommation a baissé de 9% sur la période qui va de janvier à avril. La demande des particuliers compense cette chute. En revanche, une baisse de la consommation d’électricité en Chine est plus étonnante parce que le pays connaîtra une croissance de 6 à 8%. En tous cas, ce tableau de bord confirme que les pays émergents continuent d’émerger. Et aussi que les compteurs électriques sont un excellent indicateur de la façon dont l’économie mondiale fonctionne. En Chine, en Inde, la consommation dépend beaucoup des usines délocalisées des multinationales. Cette baisse de la consommation d’électricité est-elle une mauvaise nouvelle ? Ce serait une bonne nouvelle si elle signifiait une meilleure utilisation énergétique, un mode de vie avec moins de gaspillage des ressources de la planète. Mais l’Agence internationale de l’énergie voit deux conséquences qui ne sont pas des bonnes nouvelles. La première est que les géants de l’énergie vont, faute de moyens, moins investir dans l'exploration-production de pétrole et de gaz. Et du coup, dit l’AIE, quand la crise sera finie, nous aurons un risque de pénurie d'énergie et les prix pourront repartir à la hausse violemment. L’autre point est que les investissements dans les NRJ renouvelables deviennent moins rentables, et qu’ils devraient baisser de 38% en 2009. Les fabricants d’éoliennes, de panneaux solaires ont aussi plus de mal pour trouver des crédits. C’est donc a priori une mauvaise nouvelle pour la lutte contre le réchauffement climatique. Pour autant, ce n’est pas inéluctable. Cela confirme que les politiques publiques et les exigences politiques doivent parfois prendre le contre-pied du marché pour imposer la croissance verte. C’est ce qui se passe actuellement aux Etats-Unis et en Europe, c’est une bonne nouvelle.

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