73 députés ont contraint le gouvernement à faire un virage cafouilleux sur le sujet et François Fillon et Claude Guéant se sont publiquement contredits.

Dans cette affaire, qui passionne peut-être plus l’opinion que la crise grecque ou le G8 de Deauville, le gouvernement a fait trois erreurs. La première est la suite d’allers et retours. Après l’assouplissement sur le permis à points, ce recul fait mauvais effet. Dans ce domaine comme dans celui, sensible aussi, de la fiscalité, la continuité n’aura pas été évidente pendant cinq ans –et on reste gentil. S’agissant de la route, cet épisode est d’autant plus dommageable que les résultats sont bons sur le quinquennat et que les radars ne seront, dans les faits, plus toujours signalés.

Les deux autres erreurs sont plus proches de l’économie. L’Etat a, depuis le début, prêté le flanc à une critique que l’on entend partout : les radars, les contrôles, les sanctions, entend-on, sont d’abord un moyen de faire rentrer de l’argent dans les caisses. Avoir créé la suspicion est une maladresse qui a compliqué les choses. Quelle est la vérité ? Longtemps, le produit des amendes-radars allait aux collectivités locales, à des investissements de sécurité routière et à l’achat ou à l’entretien des matériels. Donc, rien pour l’Etat. Sauf que (c’est subtil), l’Etat encaissait le produit des amendes majorées, celles payées avec retard, de nature judiciaire. Depuis cette année, changement : le partage est 50-50. Donc, oui, l’Etat tire profit des radars. Mais les sommes sont limitées, quelques centaines de millions d’euros sur près de 300 milliards. Le prix politique est élevé par rapport au gain financier !

Et la troisième erreur ? Le mauvais choix des indicateurs pour défendre une politique. On le sait, sur le niveau de vie, la pauvreté, la richesse, tout est question d’indicateurs. C’est la même chose sur la sécurité routière. Sans parler du coût des accidents, le gouvernement communique sur le nombre de décès – 4.000 en 2010 contre 7.000 il y a dix ans. Mais le nombre de blessés est plus frappant : il est passé de 162.000 à 89.000. Autre chiffre peu mis en avant : les piétons sont nombreux à être victimes d’accidents « de la route » : 500 morts et 12.500 blessés. Qui dira que la vitesse des voitures n’a rien à voir ? Dans les Hauts-de-Seine, un mort sur trois est un piéton. Curieusement enfin, le gouvernement qui, en économie, se compare volontiers à d’autres pays, ne communique pas sur ce qui se passe ailleurs. La route tue moins au Royaume-Uni, en Allemagne. Outre-Manche, on compte à peine plus de 2.000 morts. Mais il y a aussi deux fois plus de radars qu’en France.

Conclusion ? On verra si cet embrouillamini se paiera dans les statistiques. Il renvoie au traitement depuis 2007 de deux autres sujets. L’inflexibilité sur le tabac a été payante. Le quasi-renoncement sur les taxis parisiens, lui, n’a pas payé. Paris reste la capitale où on trouve le moins de taxis. Et, ingratitude, aujourd’hui justement, les artisans taxis se mobilisent contre le nouvel affichage lumineux vert et rouge, jugé cher à installer. Dommage, c’est le seul changement notable et utile.

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