Le PDG de Total, Patrick Pouyanné, a menacé hier de revoir les investissements prévus dans les raffineries en France à cause des blocages.

Oui, et bien sûr la question que l'on se pose est : est-ce du chantage ? Et la réponse la plus apparemment logique est de répondre: oui, c'est un chantage à l'emploi, à l'investissement, qui répond à un autre chantage, celui de la CGT qui, elle, dit: retrait de la loi Travail sinon plus de carburants. Bref, la conclusion sensée de deux chantages, un chantage + un chantage, c'est: balle au centre. En réalité, ce n'est pas balle au centre et pas comme cela que sur le plan économique les choses peuvent tourner. Car au-delà des conséquences économiques directes à très court terme, du blocage des raffineries, le vrai sujet, je crois, est de savoir si ces événements ne vont pas apporter la preuve par l'absurde que Total peut se passer des raffineries françaises. Je vous l'assure, Total n'en parle ni officiellement ni officieusement, c'est trop touchy.

C'est à dire ?

Total a lancé un programme d'investissement de deux milliards d'euros sur cinq ans pour moderniser plusieurs de ses cinq raffineries françaises. Sous la pression notamment des pouvoirs publics. Mais le groupe pétrolier fait forcément ses comptes. Jusqu'à il y a un an, l'activité raffinage était déficitaire – et elle ne l'est plus parce que le prix du brent a chuté et que des rationalisations ont eu lieu. Mais en face, des conflits sociaux ont conduit à des blocages longs et coûteux de sites en 2005, en 2010, en 2012, en 2013 et donc en 2016. Or, il est tout à fait possible d'alimenter les dépôts de carburants avec du pétrole importé: de l'essence venant des Etats-Unis, du gazole de Russie et du Moyen Orient. Pour éviter cela, la CGT entend bloquer les terminaux pétroliers des ports. Mais le pétrole peut aussi arriver de Total à Anvers par la route ou le rail comme d'une raffinerie d'un autre groupe à Karlsruhe, en Allemagne. C'est vraiment tout près. Total a neuf raffineries en Europe, dont la moitié hors de France. Beaucoup d'efforts ont été faits pour rendre rentables les raffineries hexagonales mais si un jour, le groupe baissait les bras parce qu'elles sont au coeur de conflits sociaux qui ne les concernent pas, le bilan serait terrible. On peut dire : chantage. Mais aussi ratages à tous les étages.

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