L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». ___Nicolas Sarkozy a donc prononcé un grand discours à Saint-Quentin, dans l’Aisne, hier soir. Est-ce qu’il marque une inflexion dans sa ligne économique ? Non, il n’y a pas de virage, mais quand même un léger coup de volant. On le savait, le chef de l’Etat n’était pas là pour faire de nouvelles annonces, mais pour faire de la pédagogie. Il n’a pas été question, donc, d’un tournant à 90°. Il ne cède pas à la pression de la rue, ni d’ailleurs à celle d’une partie de sa majorité, sur le bouclier fiscal par exemple. C’est le choix du maintien des réformes, y compris la baisse du nombre de fonctionnaires, du maintien de la ligne de la relance par l’investissement. Donc, l’essentiel ne change pas. Cela dit, il y a un petit coup de volant. Nicolas Sarkozy dit plus qu’avant que « si la situation l’exige », il ira plus loin sur la relance. Le débat est grand ouvert : les Etats-Unis et le FMI de Dominique Strauss Kahn - on suppose a priori ce dernier sans arrière-pensée - le demandent à l’Europe et donc à la France. Le gouvernement, lui, ne veut pas dépenser trop l’argent et guette les signes que la pente de la crise va s’inverser. En fait, il devra faire plus parce que quand son plan a été décidé, la prévision de croissance était à zéro, aujourd’hui, on est sur – 3%. Si la baisse de la consommation de février se répète, la pression politique sera forte. Mais si la crise est longue, il faut garder des munitions. Sur les rémunérations des dirigeants, on n’y voit pas vraiment plus clair. Cette affaire est un vrai embrouillamini. Le chef de l’Etat a adressé une vraie leçon de morale aux patrons, sans citer les cas très problématiques de la Société Générale ou de Valeo, mais leurs noms étaient presque en sous-titre. Il a redit son hostilité aux bonus, aux stock options, aux parachutes dorés dans les entreprises aidées par l’Etat, qui font un plan social d’ampleur ou qui recourent massivement au chômage partiel. Mais il n’a pas parlé de loi à court terme, il a renvoyé à une autre loi, plus générale, sur le partage de la valeur ajoutée, à l’automne. Son entourage assurait, en même temps, que l’ultimatum lancé au Medef, pour qu’il fasse des propositions sur les rémunérations variables avant le 31 mars, tenait toujours. Si ces propositions que le patronat doit faire aujourd’hui ne sont pas suffisantes, il y aura une loi, peut-être plus vite. Ce n’est pas clair, sauf sur deux points. Un : Nicolas Sarkozy, contrairement à sa pente habituelle, n’a pas envie de légiférer. Il juge efficace la pression politique au coup par coup. Sur le fond, c’est vrai, une loi est un casse-tête insoluble. Pour les entreprises aidées directement, avec du cash ou des prêts, l’automobile et les banques, l’Etat a les moyens de faire pression, il n’a qu’à édicter un code. Pour les autres, comment définir l’aide de l’Etat et ce qu’est un plan social d’ « ampleur » ou un recours « massif » au chômage partiel ? Mais on ne comprend pas pourquoi le chef de l’Etat a laissé ses ministres annoncer en boucle une loi. C’est la deuxième remarque. Depuis un mois, la majorité et le patronat se sont mis dans un vrai corner. Le gouvernement a lancé un ultimatum, Laurence Parisot, la présidente du Médef, avec une curieuse absence de sens politique, l’a d’abord renvoyé dans ses cordes avant de changer de ton hier. Son rôle est de faire comprendre à ses troupes que la période est particulière. Mais du coup, le piège se tend : si le match se termine par une réforme de l’intéressement et des actions gratuites, les Français qui croient possible un plafonnement des salaires se diront : tout ça pour ça. Conclusion, c’est un beau gâchis : l’histoire retiendra qu’au moment de la dégradation économique la plus forte depuis 50 ans, le débat a fait rage en France sur le bouclier fiscal et les bonus de quelques chefs d’entreprise très éloignés de la majorité des PME. C’est une façon assez claire de reconnaître que sur la crise, nous avons peu de prises.

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