Par Bernard Maris.

Vous nous parlez ce matin des carrés magiques de François Hollande, où comment se sortir d’affaire ou de crise ?

J’imagine qu’on prépare autour de François Hollande son intervention de jeudi ; on va parler d’économie, vous savez que l’économie est affaire de magiciens, d’illusionnistes, et même parfois de statisticiens et d’économistes ; mais ces derniers, apprennent, comme en danse classique, un certain nombre de figures magiques; et l’une des plus célèbres est le carré magique du désendettement et du retour à l’équilibre, appelé également carré magique du triple A ; il fut inventé par les auteurs du traité de Maastricht entré en vigueur en 93, vingt ans déjà, ça ne nous rajeunit pas, qui lançait l’UEM, l’union économique et monétaire, ce carré magique du triple A a quatre sommets ou quatre côtés : le taux de croissance, 3%, le déficit budgétaire 3%, l’inflation 3% et, dernier sommet du carré... langue au chat ? L’endettement du pays 60%. Pourquoi c’est un carré magique ? Parce que si vous avez trois éléments du carré, n’importe lesquels, le quatrième est automatiquement satisfait. Et aujourd’hui, il y a trois sommets du carré qui ne sont absolument pas respectés, le déficit, la dette, et surtout, la croissance. Comment réduire le déficit et la dette sachant que la croissance est de zéro, et sachant qu’on ne peut toucher à l’inflation, qui est un dogme encore plus intangible que celui de la virginité de la mère du Christ ? Réduire la dépense ou augmenter les prélèvements ; mais dans les deux cas vous réduisez la croissance et vous aggravez le déficit et la dette, donc que faire ?

Je vous le demande...

Eh bien sauter à pieds joints dans le deuxième grand carré magique de l’économie, celui de l’emploi. Un des côtés c’est toujours la croissance zéro en ce moment, l’autre côté c’est le chômage un peu plus de 10% - on aura les chiffres demain- le troisième c’est le niveau des salaires (le pouvoir d’achat si l’on veut) et le dernier la puissance des syndicats. Si le chômage est fort, le niveau des salaires est faible, si la croissance est forte le chômage diminue, et si le pouvoir syndical est fort, les salaires sont élevés ; en ce moment le pouvoir syndical est faible, la croissance nulle, les salaires faibles, et le chômage élevé ; là aussi trois éléments vous donnent le quatrième ; et comme vous ne pouvez agir sur aucun de ces quatre éléments, que faites-vous ?

Vous sautez dans un troisième carré !

Oui qui est le carré super magique ; d’un côté vous avez la confiance, de l’autre la compétitivité, puis l’attractivité (qui peut se décliner en image du pays) et enfin, comme toujours, notre chère croissance ; là aussi c’est magique car si vous avez la confiance, la compétitivité et l’attractivité, vous avez évidemment la croissance ; mais pour avoir un vrai carré super magique, sans aucune statistique, vous risquez plus rien : vous remplacez la croissance par : la détermination, de sorte que détermination, plus attractivité, plus confiance implique compétitivité, etc. Vous en avez trois, vous avez le quatrième. Et le tour est joué, vous pouvez parler d’économie sans économie, vous faites de l’économie incantatoire, ce qui est, assez commode, reconnaissez-le.

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