Xi à Paris, les Gilets Jaunes chaque week--end : le télescopage des 2 images rappelle que l'économie est Une. Les prix bas importés depuis 30 ans ont permis de subir sans trop de dégâts la hausse du coût du modèle social. Le ton doit être durci vis-à-vis de Pékin, mais l'objectif de pouvoir d'achat ne pt être balayé

Le télescopage entre les images du XIXème épisode des Gilets Jaunes samedi, et de l’arrivée du numéro un d’un pays de 1,4 milliard d’habitants qui revendique désormais une place de superpuissance, ce télescopage est parlant. Emmanuel Macron (lui ou un autre peu importe), le dirigeant d’une puissance moyenne comme la France -numériquement vingt fois plus petite- est obligatoirement tiraillé entre ce local-là et ce global-ci

Or les deux sujets sont intimement liés. Pourquoi ? 

Parce que depuis trente ans, l’Europe en général et la France en particulier ont choisi d’importer des produits à bas prix d’Asie et de Chine. Ces formidables coups de pouce au pouvoir d’achat des consommateurs ont permis d'augmenter les impôts et les cotisations sociales pour financer des services collectifs (santé, retraite etc.) et des politiques de solidarité de plus en plus onéreux. 

Chaque année, nous importons d’Asie pour 100 milliards d’euros de biens de consommation courante (pas seulement des tee-shirts) et des produits d’équipement de la maison (pas seulement des téléviseurs), dont la moitié de Chine. Sans eux, le ras-le-bol sur le pouvoir d’achat et les hausses de prélèvements aurait explosé depuis longtemps. 

Aujourd’hui, la revendication numéro un des Français qui appuient les Gilets Jaunes reste le pouvoir d’achat, mais c’est au moment où l’Occident révise sa politique vis-à-vis de la Chine, avec une pression publique pour durcir le ton voire ériger des barrières douanières. Il y a une contradiction. 

En Europe même, préserver le pouvoir d’achat suppose de préserver la concurrence alors que constituer des géants européens impose de la réduire – on l’a vu avec le cas Alstom-Siemens. 

Bref, c’est le dilemme de tout dirigeant politique, et Pékin a compris comment enfoncer les angles morts jouer sur nos contradictions.  

Le niveau européen est-il le bon niveau pour agir ? Alors que l’Europe est critiquée de toutes parts, il faut redire que oui. L’Europe est (jusqu'à maintenant), un marché de 513 millions d’habitants, qui commerce avec la Chine à hauteur de 600 milliards d’euros (exportations + importations). C’est  considérable pour nous, et pour la Chine. 

La mauvaise nouvelle est qu'avec le Brexit et la sécession de l'Italie, qui a rallié vendredi les Routes de la Soie, Pékin  peut tenter les alliances de revers. La bonne nouvelle est que l’Allemagne elle-même durcit le ton vis-à-vis de pékin et si ce n’est pas hypocrite, la réunion, demain à Paris, de Merkel, Macron et Juncker face à Xi est une première historique et disons-le prometteuse.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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