Le ministre de l'agriculture, Julien Denormandie, défend l'idée de la vente à un prix de production non négociable des produits agricoles à l'industrie transformatrice et à la grande distribution. L'ambition est légitime mais ce n'est certainement pas une solution miraculeuse.

Le coût de production (ou le prix de revient) d’un litre de lait, d’un kilo de bœuf, de volaille ou d’œufs serait déterminé régulièrement par des experts.
Le coût de production (ou le prix de revient) d’un litre de lait, d’un kilo de bœuf, de volaille ou d’œufs serait déterminé régulièrement par des experts. © Getty / Pramote Polyamate

Le ministre de l’Agriculture veut aider les agriculteurs à négocier avec les industriels et les distributeurs. C’est Julien Denormandie, ministre en charge, qui l’annonce dans Les Echos ce matin : il veut sanctuariser les prix agricoles. 

Qu’est-ce que cela veut dire ? Le coût de production (ou le prix de revient) d’un litre de lait, d’un kilo de bœuf, de volaille ou d’œufs serait déterminé régulièrement par des experts.

Ce prix s’appliquerait impérativement aux industriels de l’agroalimentaire comme de la distribution. Impossible pour eux d’acheter en dessous de ce prix. 

L’actualité, c’est que le gouvernement va recevoir aujourd’hui le rapport de Serge Papin, l’ancien patron de Systèmes U, qui pousse en ce sens : il s’agit d’aller un pas plus loin que la loi Egalim, qui parle actuellement de prix de référence, non impératif. 

Soyons concrets, par exemple sur le lait

Ces jours-ci, le prix de référence du litre acheté à l’éleveur est de 40,3 centimes le litre – au passage, en dessous du prix d’une seule cigarette avec ses taxes. 40 centimes, donc. Mais Lactalis, l’année dernière, l’a acheté à 36,6 centimes à ses éleveurs. Lesquels éleveurs considèrent qu’une augmentation d’un petit centime sur le prix d’un yaourt vendu dans le commerce leur ferait gagner, à eux, 9 centimes de plus par litre. 

Alors ? 

Cela a l’air simple, cela a l’air d’une solution miracle, mais la vérité est que Julien Denormandie vend la peau de l’ours avant de l’avoir tué : Bercy, qui discute avec les industriels et les distributeurs, n’est pas convaincu et il est même possible que Bruno le Maire découvre à peine l’idée de son collègue de l’agriculture. 

Et sur le fond ? Il y a une évidence

L’agriculture pèse 70 milliards de chiffre d’affaires, avec beaucoup de petites exploitations, l’industrie agroalimentaire pèse 200 milliards, avec des géants comme Unilever, Danone, Nestlé, et la grande distribution, 200 autres milliards, avec six groupes en faisant l’essentiel. C’est sûr : le rapport de forces est en défaveur des agriculteurs. 

Mais quand on regarde l’idée qui est sur la table, il y a aussi trois questions à poser : 

  • La 1ère : pourquoi les agriculteurs ne se constituent-ils pas davantage en coopératives, pour être plus forts ? 
  • La 2ème : les Français sont-ils prêts à accepter que leur budget alimentation augmente ? A côté du centime supplémentaire sur le yaourt, il y aura ceux sur le poulet, le jambon, les fruits etc. Au total, +5%, +10%, plus, moins ?
  • Et trois : les concurrents étrangers continueront à vendre ici à leurs prix. 

Bref, rééquilibrer les forces est légitime mais rien n’est gratuit et, surtout, rien n’est fait.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter