Par Jean-Marc Vittori

Les prix de l'électricité devraient augmenter de 3 à 4% au 1er janvier prochain. Ils avaient pourtant déjà été relevés il y a deux mois. Pourquoi cette hausse ?

Le 15 août, les tarifs avaient été augmentés de 3,4% pour financer la montée en puissance des investissements d'EDF, à la fois pour financer de nouvelles centrales, parce que le parc nucléaire vieillit, et pour entretenir le réseau. Cette fois-ci, c'est une autre raison qui est invoquée : il s'agit de rembourser EDF pour l'énergie solaire. Si vous regardez votre facture d'électricité, vous verrez une petite ligne qui s'appelle CSPE – Contribution au service public de l'électricité. Cette contribution sert notamment à financer l'achat, par EDF, de l'électricité solaire produite en France, car ce solaire coûte, du moins pour l'instant, beaucoup plus cher que le nucléaire ou le gaz. Comme le gouvernement veut encourager le développement de cette énergie propre et renouvelable, il impose à EDF de racheter cette électricité jusqu'à 58 centimes le kilowattheure, alors que la compagnie revend ce même kilowattheure autour de 10 centimes. Cet encouragement a très bien marché. Trop bien même, puisqu'EDF en est aujourd'hui à 1,6 milliards d'euros de sa poche. Voilà pourquoi la taxe CSPE, qui n'avait pas bougé depuis des années va augmenter – et le prix de l'électricité avec.

Mais qui décide de cette taxe ?

Le prix de l'électricité est un système à tiroirs en France. Le premier tiroir, c'est ce que souhaite EDF. Le deuxième, c'est ce que recommande la Commission de régulation de l'énergie, la CRE. Elle fixe par exemple la CSPE. Et puis il y a un troisième tiroir : le Gouvernement qui décide in fine les tarifs. Et cette fois-ci, c'est encore plus compliqué : il y a aussi un tiroir parlementaire. Les députés ont voté vendredi un amendement précisant que la Commission de régulation peut décider chaque année une augmentation de la taxe de 0,3 centimes par kilowattheure – sauf si le gouvernement prend un décret pour la bloquer. Aux dernières nouvelles, il ne le fera pas d'ici à fin décembre – même s'il demandera sans doute à la Commission une augmentation un peu moins forte, de 3% et non de 4%.

Les prix de l'électricité vont-ils continuer à monter ?

C'est vrai que ça fait beaucoup. Autour de 7% en moins en six mois, on n'avait jamais vu ça depuis des décennies. Les Français vont râler, en particulier ceux qui ont le chauffage électrique, qui ne sont pas les plus aisés. Mais hélas, les deux raisons qui provoquent ces augmentations sont là pour durer. Il va falloir investir massivement dans les centrales électriques au cours des prochaines années. Et le soleil brillera longtemps avant que les énergies renouvelables ne deviennent compétitives. Nos factures n'ont donc pas fini de s'alourdir. Le paradoxe, c'est que le précédent patron d'EDF, Pierre Gadonneix, avait été éjecté l'an dernier parce qu'il avait osé demander 20% d'augmentation des prix de l'électricité dans les trois années à venir. Et son successeur Henri Proglio paraît bien parti pour dépasser cet objectif !

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