Vous vous penchez ce matin sur le départ de Jean-Claude Trichet de la Banque centrale européenne, après huit années de présidence. Il part au mauvais moment, non ?

Arrivé fin 2003 à Francfort, il quittera la BCE dans moins d’une semaine. Et l’ironie du sort fait qu’il va partir au milieu d’une grosse tempête, lui qui a consacré une partie de sa vie à l’euro. On ne comprend en effet rien à Jean-Claude Trichet si l’on ne sait pas que c’est un amoureux de l’euro - le mot n’est pas trop fort. Et on ne peut pas évoquer son bilan sans rappeler que cet homme pourtant affable suscite toujours des polémiques. D’un côté, vous avez les fans de Trichet, qui saluent la mise sous cloche de l’inflation, la puissance de l’euro comme monnaie internationale, la fin des dévaluations et le pragmatisme de la BCE pour soutenir les économies depuis 2007. De l’autre côté, il y a ceux pour qui Trichet est obsédé par les prix, et non l’emploi, et qui a créé un euro surévalué pour notre économie. “ C’est un criminel économique ” dit, tout en nuances, Philippe Villin, un ancien patron du Figaro.

Comment départager ces deux visions ?

En disant que Jean-Claude Trichet a rempli la mission confiée par les gouvernements. Une mission inspirée par l’approche allemande, la surveillance des prix et non pas la croissance et le taux de change. Ce qu’on peut dire aussi est qu’il a acquis le respect des marchés, de la plupart des gouvernements et des grandes entreprises. Sans lui, cette monnaie sans Etat qu’est l’euro, un cas unique, ne serait pas partagée par 322 millions d’habitants. On peut dire encore qu’il a depuis longtemps alerté sur les déficits publics. Enfin, pour le connaître depuis longtemps, on ne peut qu’être frappé, même si c’est un peu ridicule à dire, par l’attachement de Jean-Claude Trichet à l’intérêt général. Avec sa définition de l’intérêt général, bien sûr, mais l’intérêt général. Tout sauf “ bling – bling ”, il incarne la grande tradition des serviteurs de l’Etat.

Quelles limites, quand même ?

On ne l’a pas assez entendu mettre en garde sur les risques des politiques menées en Grèce, en Irlande ou en Espagne. Ou encore, sur la place croissante prise par la spéculation financière. Sur le fond, deux reproches peuvent être faits à la BCE. Jean-Claude Trichet a trop vénéré, comme tout le monde mais quand même, Alan Greenspan, l’ancien patron de la Réserve fédérale, qui a mené l’économie dans le mur. L’autre reproche ne le concerne qu’indirectement. La BCE a souffert de ne pas avoir en face d’elle un autre pouvoir, politique là, solide et constant. Jean-Claude Trichet a incarné l’euro, mais un banquier central ne pouvait à lui seul incarner ce projet.

Un Français à la tête de la BCE, c’est une page tournée ?

Oui, et on ne comprend pas pourquoi Nicolas Sarkozy a snobé la réception de fin de mandat de Trichet de mercredi dernier alors qu’Angela Merkel, Helmut Schmidt, Valéry Giscard d’Estaing et tout le gotha européen y étaient. D’autant plus qu’il n’y a désormais plus aucun Français dans les organes centraux de la BCE. C’est l’italien Mario Draghi qui va remplacer Jean-Claude Trichet…

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