Ce matin, questions autour de l’avenir du groupe PSA-Peugeot-Citroën.

Il y a quatre « actualités » - comme disent les journalistes – dont on va reparler. Et elles ramènent toutes à une question brutale mais toute simple : ce qui est annoncé est nécessaire, mais est-ce suffisant ? Les conducteurs le savent bien : quand on passe une vitesse à moitié, on risque de caler. En clair, le virage stratégique est-il suffisant ? Reprenons les faits. En deux jours, on a appris que l’Etat allait aider le groupe ; que le chiffre d’affaire de la branche automobile de Peugeot avait encore baissé de plus de 8% au dernier trimestre ; on a appris des modalités de l’alliance avec General Motors ; et aujourd’hui il y aura une réunion avec les syndicats et l’Etat sur le plan social. Voilà, il s’agit maintenant de remettre un peu d’ordre dans tout cela !

Premier point : l’Etat fait-il bien son job avec cette aide ?

Oui. L’Etat, à côté des banques habituelles du constructeur, va apporter une garantie aux emprunts que fait la Banque de financement de PSA, celle qui octroie les crédits auto - sept ventes sur dix se font à crédit. Cette garantie publique à la banque, pas aux usines, ira jusqu’à 7 milliards d’euros. Le gouvernement a géré cela efficacement parce que sans aide, PSA aurait eu de plus en plus de mal à octroyer des crédits à ses clients et la spirale négative aurait été meurtrière. Pierre Moscovici a durement discuté avec Philippe Varin, le patron du groupe, qu’il a vu discrètement cinq fois, et avec Thierry Peugeot, qu’il a reçu deux fois.

Second point : quelle stratégie industrielle pour le groupe ?

Le problème de Peugeot est connu : production trop française, il est trop petit, il est trop seul, avec des voitures de moyenne gamme, pas de low cost, pas assez de haut de gamme. Même s’il reste le second constructeur européen - il faut le rappeler -, il y a eu des erreurs de stratégie et une frilosité depuis dix ans. Mais ce qui inquiète est que les modalités de l’alliance avec General Motors dévoilées hier laissent un peu sur la faim. Les véhicules en commun ne concerneront que l’Europe, aucun des pays émergents. Or Opel, la filiale européenne de GM, a des difficultés aussi. D’où la question : Peugeot va-t-il assez loin dans l’alliance ? Ne faut-il pas aller plus loin avec GM, quitte à ce que la famille perde du pouvoir sinon le contrôle ? En faillite en 1999, Nissan s’est mis sous l’aile de Renault ; Chrysler est passé sous contrôle de Fiat. La question est provocante, mais elle dépasse, on le voit, le sujet des contreparties à l’aide de l’Etat au centre des commentaires jusqu’ici.

Justement, ces contreparties exigées par le gouvernement sont-elles justifiées ?

L’absence de dividendes pour la famille, oui ; l’absence de stock-options pour les dirigeants ; oui. La nomination de nouveaux administrateurs, pourquoi pas ; mais si l’intervention de l’Etat a pour but, comme le veut Arnaud Montebourg, de freiner les restructurations - hélas nécessaires quand les usines tournent aux deux tiers -, ce sera de la politique de gribouille.

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.