L'Edito éco de Dominique Seux, du journal "Les Echos". Grand discours de Nicolas Sarkozy ce soir à Toulon sur la politique économique. A quelles questions doit-il répondre ? Entre la crise financière, la dégradation de la conjoncture économique et les cafouillages sur les impôts, il y a des circonstances plus agréables pour faire un grand discours devant 4.000 militants ! Ce qu'on attend d'abord de Nicolas Sarkozy, c'est qu'il nous donne son analyse de ce qui se passe. Où, selon le chef de l'Etat, en est-on ? En ralentissement, en récession ou va-t-on résister ? La tradition des dirigeants, en France, est de minimiser les difficultés et d'avoir toujours un train de retard sur ce qui se passe. Aujourd'hui, cela ne passe plus, l'opinion attend la vérité. Ce qui est clair, c'est que les derniers indicateurs sont moins bons qu'il y a un mois. Que le moral des industriels baisse et, nouveauté, que les deux leviers classiques de la croissance depuis dix ans, le bâtiment et la consommation, sont en panne tous les deux. Sans oublier la restriction du crédit pour les ménages et les entreprises. Donc, première question : où en est-on ? Deuxième question : que faire ? Nicolas Sarkozy l'a déjà dit mardi, il répétera qu'il faut moraliser le capitalisme financier. Mais il est surtout attendu, soyons honnêtes, sur sa politique économique. Face à la crise, faut-il continuer les réformes, et lesquelles ? Jusqu'à maintenant, entre les heures supplémentaires, les 35 heures ou le RSA, elles ont un point commun : revaloriser le travail. Mais pour le reste, sur les prélèvements obligatoires, sur les dépenses publiques, plus élevées qu'ailleurs, difficile de trouver une ligne et des décisions nettes. Faut-il, donc, poursuivre des réformes ou faut-il, au contraire, trouver une autre politique, faire une pause, en soutenant la croissance par des mesures de relance ? Pour l'instant, le credo, c'est le « ni- ni ». Ni rigueur, ni relance. C'est un choix, ou plutôt un non - choix puisque les déficits publics sont déjà très élevés, fermant le piège dans lequel la France est entrée. Il n'y a pas d'argent... Du coup, dernière question, est-ce que Nicolas Sarkozy va devoir faire le tri dans les priorités ? Nicolas Sarkozy a peu de moyens, qu'il ne faut pas gaspiller. Il ne pourra pas tout faire : soutenir le pouvoir d'achat ou améliorer la compétitivité de l'économie au moment où la concurrence va être plus forte pour aller chercher les petits bouts de croissance dans le monde. Soutenir le pouvoir d'achat est le réflexe habituel, mais la question qui ne devrait pas être honteuse est celle de la santé des entreprises. Pas celle du CAC 40, mais celle des dizaines de milliers de PME. Le déficit de notre commerce extérieur est historique, à 50 milliards d'euros, 320 milliards de francs ! La rumeur dit que la réforme de la taxe professionnelle, qui taxe les investissements, pourrait être encore reportée comme elle l'est depuis vingt ans. C'est absurde. Des choix doivent être faits mais l'erreur pardonnera d'autant moins qu'un nouveau défi va hélas se présenter : celui du chômage qui, on peut le parier, va logiquement remonter. Face à l'onde de choc de la crise, c'est un vrai contre-choc qui est attendu de Nicolas Sarkozy ce soir et sans union sacrée.

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