Vous commentez évidemment le budget 2019 officiellement présenté hier.

Comment le qualifier ? C’est assez simple : il y a un an, le budget 2018 avait l’allure d’une armée triomphante et fière, avec son chœur de réformes, l’ISF et la taxe d’habitation principalement, appuyé sur une croissance joyeuse. 

Cette année, le budget 2019 a l’allure d’un gilet pare-balles. Un gilet pare-balles, ce n’est pas indigne, c’est charpenté, c’est même utile, mais enfin c’est moins éclatant et c’est surtout défensif. 

Pour se protéger des attaques sur le pouvoir d’achat, le gouvernement a fait ses comptes et brandit une baisse des impôts de 6 milliards, forcément discutée. 

Pour conserver la confiance des acteurs économiques, vitale, il maintient une politique de l’offre, avec des gestes assumés pour les entreprises. 

Pour se protéger de et rassurer les électeurs plus à droite, il jure ses grands dieux qu’il réalise des économies et que le déficit public, s’il remonte, redescendra. 

Bref, il y a de la cohérence, mais c’est un peu besogneux parce qu’il n’y a pas grand-chose de nouveau – sauf du grain à moudre pour les comptables qui raffolent des soustractions et des additions. Banalement, on dira que c’est le retour du réel et de la contrainte budgétaire avec une croissance un peu plus grise – mais qui croyait aux miracles ? Au passage, on reste étonné que tout le monde a l’air de considérer que 1,7% de croissance, c’est la fin du monde, alors que ce n’est pas mal si on le fait. 

Mais le vrai problème du gilet pare-balles est qu’il ne protège pas des dangers lourds. Or, le déficit de l’Etat – quasiment 100 milliards d’euros- risque d’exploser si les taux d’intérêt remontent.

Emmanuel Macron s’en moque ?

Non ! Mais je crois que le Budget ne l’intéresse pas, il considère que ce n’est pas le lieu de la politique économique et sociale, qui se joue ailleurs, dans les réformes. Les ordonnances travail, la réforme de l’apprentissage, la loi Pacte de Bruno Le Maire, le plan pauvreté et la réforme hospitalière ou des retraites sont plus importantes. Et de fait, tout cela est plus structurant qu’un budget qui de toutes façons est toujours critiqué.

Il n’en reste pas moins que ces réformes mettent du temps à infuser. C’est normal mais c’est ce qui fragilise Emmanuel Macron qui a un besoin urgent de résultat dans n’importe lequel des compartiments de son jeu.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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