L'Economie aujourd'hui, par Jean-Marc Vittori, du quotidien "Les Echos". Aujourd'hui, l'information qui vous a frappé, c'est que la Chine est devenue le premier exportateur mondial. Oui, encore un chiffre qui révèle un basculement de la planète. Ca s'est passé au premier semestre. Selon les pointages de l'Organisation mondiale du commerce, la Chine aurait exporté 521,7 milliards de dollars de marchandises tandis que l'Allemagne, qui était depuis des années n'a exporté que 521,6 milliards. Alors bien sûr, il n'y a que 100 millions d'écart et la mesure est infiniment moins précise que celle d'un chronomètre du 100 mètres, mais il reste tout de même le symbole. La Chine est en passe de devenir le premier pays commercial de la planète. Rappelons que le pays le plus peuplé depuis toujours est devenu en moins de cinq ans le premier producteur mondial d'acier, le premier marché automobile, et qu'il détient les premières réserves de change de la planète avec plus de 2.000 milliards de dollars en caisse. Autrement dit, le dernier grand pays communiste se métamorphose tout simplement en première puissance capitaliste du monde. Comment s'est fait le basculement commercial? Le plus surprenant, c'est que les exportations chinoises ont beaucoup baissé ces derniers mois. Mais elles ont moins baissé que les autres – en valeur, le commerce mondial s'est effondré de 38% en six mois. Ce mouvement de ciseau va jouer sur d'autres indicateurs. En 2009, la production devrait progresser de 6 à 7% cette année en Chine alors qu'elle va dévisser de près de 10% au Japon. Résultat: l'Empire du milieu va produire plus que l'empire du soleil levant, et il va devenir dès cette année ou l'an prochain la deuxième puissance mondiale, derrière les Etats-Unis. Jusqu'à présent, les économistes prévoyaient que Pékin monterait sur la première marche du podium économique en 2030. Mais si l'Amérique continue d'aller cahin-caha alors que la Chine fonce toujours, ce basculement historique pourrait se produire dès la prochaine décennie. La prééminence chinoise est-elle certaine? S'il y a bien une chose que nous avons apprise en économie depuis un an, c'est que rien n'est certain, surtout pas le prolongement des courbes. Trois points d'interrogations donc à mentionner ici. D'abord, la croissance chinoise est boostée par une politique extrêmement volontariste. Pékin a dépensé plus de 500 milliards de dollars pour relancer l'activité, et contrairement à la France les banques prêtent à tour de bras. Une explosion financière est donc inévitable là-bas. La seule question, c'est de savoir quand elle aura lieu. Ensuite, la cohésion sociale ne tient qu'à un fil entre villes et campagne, entre est et ouest du pays, entre riches et pauvres. Enfin, la puissance chinoise repose pour l'instant d'abord sur l'exportation. Et ça ne peut pas tenir. Pourquoi cette limitation à l'exportation chinoise? Ces dernières années, la Chine a pratiqué un mercantilisme effréné, tout comme l'Allemagne d'ailleurs. Elle a tout misé sur la vente au reste du monde, d'où son tas d'or. Mais aujourd'hui, alors que le ressort de la croissance semble cassé, tous les pays veulent se relancer par l'exportation - le Japon, la France, les Etats-Unis et bien d'autres encore. Or tant que nous ne ferons pas de commerce avec les autres galaxies, il est impossible que les exportations tirent la croissance de chaque pays. Il va donc falloir trouver d'autres moteurs. C'est vrai pour nous, pour les Américains et pour les Chinois.

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