Le chômage a baissé en juillet, 14.000 demandeurs d’emploi en moins, l'hirondelle fait-elle le printemps ? Normalement non, mais je ne compte pas une mais sept hirondelles, et ça veut donc au moins dire que nous sortons de l’hiver. D'abord, c'est le deuxième mois consécutif de baisse – du jamais vu depuis la crise. Deux, la France crée 10.000 emplois par mois. Trois, il y a beaucoup moins de plans sociaux dans les entreprises. Quatre, l'intérim est reparti à la hausse. Cinq, les employeurs recommencent à faire confiance à des jeunes diplômés. Six, les offres d'emploi pour les cadres ont rebondi. Sept, même chez les industriels, il y a des signes encourageants: 21% d'entre eux ont par exemple du mal à embaucher. C'est donc un vrai paysage de reprise de l'emploi qui se dessine, enfin, même si les Français ont du mal à le croire. Dans ces conditions, la prudence du gouvernement est presque surprenante. Après tout, avec les dizaines de milliers de contrats qu’il a créés pour les jeunes, il a sa part dans l'embellie. Et pourtant, dans « Les Echos », Laurent Wauquiez se contente de dire, je cite, qu'il reste avec Christine Lagarde « prudent et réaliste »et que « l’objectif d’enclencher une baisse du chômage en 2011 est atteignable ». Pour un journaliste qui commence à être chevronné, une telle modestie constitue un signe de maturité qui ne trompe pas: le remaniement ministériel est imminent. L'embellie de l'emploi est-elle générale et est-ce qu'elle profite à tout le monde? Oui et non. Oui, parce qu'on voit de l'amélioration chez les chômeurs à 100% comme chez les salariés à temps partiel qui voudraient travailler plus longtemps, chez les femmes comme chez les hommes, chez les jeunes comme chez leurs aînés, en Rhône-Alpes comme en Normandie. Mais quand on regarde d'un peu plus près, on voit se dégager très nettement une autre tendance: non, ce n'est pas pareil pour tout le monde. Là où la situation est la meilleure, c'est chez les hommes de 25 à 50 ans, ceux qu'on appelait autrefois le « noyau dur de l'emploi », quand le revenu du foyer dépendait exclusivement du père de famille. Dès qu'on s'éloigne de cette catégorie, c'est moins bien. Chez les jeunes, le chômage diminue, mais il touche pratiquement un actif sur quatre. Jamais l'écart de ce taux de chômage avec le reste de la population n'avait été aussi élevé. C'est un indicateur que le gouvernement surveille comme le lait sur le feu. Et à l'autre bout, chez les plus de 50 ans, le chômage continue de gagner du terrain: en un an, il a augmenté de 18%. Là, il n'y a pas la moindre inflexion. Et ça n'est pas facile à expliquer pour un gouvernement qui veut retarder l'âge de la retraite – et donc augmenter le nombre d'actifs de plus de 50 ans. Et pourquoi cet écart entre les jeunes, les seniors et les autres? Eh bien, il semble que le marché du travail soit de plus en plus cloisonné. D'un côté les salariés qui ont un emploi sûr, sauf cataclysme économique. De l'autre, ceux qui enchaînent plus ou moins bien les CDD ou les missions d'intérim. Les réformes qui ont assoupli le marché du travail ont fait progresser l'emploi pendant des années. Mais souvent avec des postes fragiles que la crise a parfois fait voler en éclat. Pour réduire cette inégalité choquante, il faudrait d'autres réformes, pour diminuer l'écart entre les contrats précaires et les contrats plus solides. Mais ça, comme on dit maintenant pour une réforme importante, ça attendra 2012.

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