Le plan d’aide international à la Grèce va donc être actionné. Oui, mais ce qui frappe, c’est que plus les jours passent, plus il y a une confusion dans la perception des enjeux de cette crise. Nous avons le regard braqué sur les prochains jours alors que la vraie question est désormais au-delà, à plus long terme. Dans l’immédiat, le débat porte sur les modalités du plan d’aide de l’Europe et du FMI (Fonds monétaire international), au moins 45 milliards d’euros qui seront prêtés cette année. Ce que nous voulons savoir est si l’Allemagne va oui ou non mettre la main à la poche et, si oui, avant ou après ses élections régionales de Rhénanie du Nord – Westphalie du 9 mai. Nous nous demandons si le FMI va aider la Grèce avant l’Europe - ce qui a été démenti hier mais qui serait humiliant. Bref, nous nous demandons si, sur le plan technique, les fonds vont être disponibles assez rapidement pour que Athènes honore ses échéances immédiates de remboursement. Et ce n’est pas la question essentielle ? Non, parce que nous avons déjà une partie de la réponse s’agissant du court terme. Les marchés, qui n’ont pas confiance dans la capacité de remboursement de la Grèce – qui a besoin de 53 milliards d’euros cette année -, ont obtenu qu’elle soit aidée. Et en fait, il reste peu vraisemblable que l’aide européenne ne soit pas versée à temps pour le rendez-vous de mai. Certes, l’Europe a menti en faisant croire qu’il suffirait – promis juré - d’appuyer sur un bouton pour que les pompiers arrivent toutes sirènes hurlantes ; mais le coût politique de ne pas venir du tout et de faire éclater la zone euro serait tellement lourd qu’il est peu probable que ce premier rendez-vous soit manqué. La Grèce annoncera un énième plan de rigueur et l’argent arrivera à temps. A temps, mais pour combien de temps, c’est là désormais le point clé. C’est-à-dire – soyez concret ? Il y a le mois de mai ; mais après ? L’Europe et le FMI peuvent alléger la pression en prêtant de l’argent, mais la Grèce sera-t-elle capable de rembourser fin 2010, en 2011 et au-delà ? Pourra-t-elle corriger la trajectoire de ses dépenses publiques qui ont grimpé de 5 à 10% par an en moyenne depuis dix ans – ce qui était déraisonnable. Alors même (disons le au passage) qu’elle a reçu près de 70 milliards d’euros de fonds européens depuis son entrée dans la zone euro … La rigueur n’est pas une idée absurde - l’Irlande la met actuellement en œuvre sans histoire. Mais les Grecs, qui enchaînent les grèves générales, la veulent-ils, la peuvent-ils ? Faute de réponse claire, le risque, c’est celui de l’engrenage, qu’une aide temporaire se transforme en plan de renflouement, bref un puits sans fond. Berlin et Paris doivent prêter 15 milliards à eux deux, les reverront-ils ? Nous en sommes là : entre le puits sans fond et la faillite. Faut-il sauver le soldat grec ? Oui sans doute, mais reconnaissons que cette question dépasse les commentaires un peu courts sur l’égoïsme allemand. Et la réponse n’est plus entre les mains du gouvernement grec, mais entre celles des Grecs eux-mêmes. Une conclusion provisoire ? Cette crise montre que les histoires de dette publique ne sont pas seulement des histoires de technocrates passe muraille et à faire bailler d’ennui. Il est temps de s’en souvenir. Partout et donc ici aussi.

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