Mario Draghi, le patron de la Banque centrale européenne, s’est dit favorable hier à un Pacte de croissance en Europe. Vous pensez qu’il a entendu François Hollande ? Il l’a entendu, il a utilisé les mêmes mots, mais cela ne veut pas dire qu’il leur donne le même sens ! Explications. Des grandes manœuvres se déroulent actuellement en Europe. Parce que l’inquiétude est revenue sur l’Espagne, Italie, la Grèce. Comme on l’a déjà dit ici, ces pays ne sortent pas la tête de l’eau avec des tours de vis trop rapides sur les dépenses et les impôts, et des cercles vicieux s’enclenchent. Une bonne politique, la rigueur, n’est plus une bonne politique si elle s’applique au mauvais moment. Samedi, en marge des réunions du FMI à Washington, Mario Draghi a averti quelques grands banquiers européens de cette déclaration nouvelle dans sa bouche.Mais de quoi parle-t-on exactement ? Une fois que l’on a dit que trop c’est trop, que l’on a brûlé des cierges pour la croissance, que voit-on ? Qu’il y a plusieurs chapelles. François Hollande pense à des grands travaux financés par l’emprunt et une hausse du budget de l’Europe. C’est la relance classique par la demande. Les conservateurs à Rome, Madrid, appliquent, eux, une politique dite de l’offre, ce qui ne coûte rien : réforme du marché du travail, déréglementations etc. Mario Draghi (BCE) est en fait sur cette ligne, comme Berlin. Le problème est que, dans les deux cas, l’effet n’est pas immédiat.Mais il y a d’autres enjeux plus cachés…

Au-delà des propos généraux pour amuser la galerie, il y a trois vrais sujets sur la table. 1 - Il faudra de l’argent pour aider les banques espagnoles, peut-être 50-100 milliards. 2 - La demande de nouvelles perfusions de liquidités par la BCE va remonter comme celle d’une baisse de l’euro. C’est pour détourner le tir que Draghi parle de croissance et renvoie la balle aux Etats. 3 - Le vrai, le gros, le difficile sujet est de savoir s’il faut « ajuster l’ajustement » budgétaire, en clair étaler la réduction des déficits publics. Rome et Madrid le font de façon honteuse, François Hollande ne l’exclut pas pour la France s’il est élu. Le socialiste espère isoler Merkel sur ce point et vendre aux marchés et à Berlin des réformes structurelles en échange. Lesquelles ? Mystère !On a l’impression que ce que dit François Hollande a un vrai écho alors qu’il n’est pas élu ? Ce qui se passe est injuste pour Nicolas Sarkozy. L’alliance Merkozy était une alliance dans l’urgence, pour sauver l’euro en décembre-janvier. Il fallait un accord, les marchés étaient à feu et à sang, la Grèce aussi, on parlait de mort de l’euro. Souvenez-vous : Berlin voulait que les mauvais élèves soient sanctionnés par la Cour de justice européenne ! Sarkozy et son conseiller Xavier Musca ont négocié au mieux dans ce contexte dramatique. C’est facile de réécrire l’histoire. François Hollande a la chance - si on peut dire - que le climat rende aujourd’hui ses idées audibles. La chance, c’est du talent. Mais si la France a l’illusion qu’elle échappera, une fois de plus, à la rigueur par des artifices et que la croissance viendra par miracle de l’extérieur, gare au réveil douloureux.

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