La facture globale des décisions prises après le mouvement des Gilets Jaunes s'élève à plus de 20 milliards d'euros. C'est le prix payé pour ne pas changer fondamentalement de direction dans la politique économique.

Emmanuel Macron durant sa conférence de presse du 25 avril 2019
Emmanuel Macron durant sa conférence de presse du 25 avril 2019 © AFP / Ludovic Martin

Quel est le coût de l'enveloppe annoncée jeudi soir ? C’est simple : la nouvelle baisse de l’impôt sur le revenu est annoncée à hauteur de 5 milliards d’euros, la ré-indexation des retraites représentera plus d’un milliard d’euros (1,4 milliard), vous rajoutez une dose de dédoublement étendu de classes, une pincée d'amélioration des petites retraites et un zeste de décentralisation qui coûte toujours quelque chose : au total, on doit être autour de 8-10 milliards d’euros. 

Récapitulons : si on ajoute les 10 milliards du 10 décembre, les hausses de la taxe carbone qui auraient dû avoir lieu mais n’auront pas lieu et la moindre baisse du nombre de fonctionnaires, le mouvement des Gilets Jaunes a ouvert une enveloppe de 20-25 milliards d’euros en cinq mois. On a rarement vu cela. 

Alors, pourquoi ? De l’argent, un mea culpa personnel et un changement de méthode, c’est manifestement le prix qu’accepte de payer Emmanuel Macron pour ...  ne pas changer fondamentalement de politique économique. Parce qu’il pense que dans la durée, elle va être efficace et c’est vrai que cela s’apprécie dans la durée. 

Bref, s'il y a un changement de ton sur la "résistance" à la mondialisation, il n’y a pas de grand virage concret. Depuis décembre, le pouvoir d'achat est privilégié, mais la politique dite de l’offre, qui consiste à muscler l’appareil productif et encourager ceux qui travaillent (partie mobilière de l'ISF toujours supprimée, transformation du CICE en allègement de cotisations sociales maintenue, réforme de l'assurance-chômage confirmée), n’est pas modifiée. 

-Avec c’est vrai un paquet de mesures sociales, c’est la ligne d’Edouard Philippe (dont le bail est prolongé) et des ministres venus de la droite, sociale ou pas - Bruno Le Maire, Gérald Darmanin ou Sébastien Lecornu, c'est cette ligne qui a gagné. 

-Avec le « travailler plus longtemps », il y a même un nouveau signal envoyé dans cette direction. L’âge de la retraite de 62 ans n’est pas modifié (cela aurait été gros deux ans après la présidentielle) mais les Français seront financièrement incités à partir plus tard (encore plus qu'ils ne le sont aujourd'hui). 

Bon alors question logique : tout cela boucle-t-il, le gouvernement retombe-t-il sur ses pieds financiers ? Eh bien mystère et boule de gomme. Ce n’est pas la suppression d’organismes inutiles qui suffira, il faudra voir l’ampleur de la suppression de niches fiscales des entreprises. 

Des précisions sur la baisse de l’impôt sur le revenu peuvent être apportées. 

La commande passée par l’Elysée à Bercy est une baisse qui peut dépasser les 5 milliards (Gérald Darmanin, le ministre des comptes publics, évoque un allègement de 10%), qui diminuerait de 150 à 300 euros la feuille d’impôt des contribuables qui gagnent moins de 2.500-3.000 euros par exemple. Selon Bruno Le Maire, 15 millions de contribuables seraient concernés - ce qui veut dire que 1,5 million ne le seraient pas. Pour autant, le nombre de Français qui paient l’impôt sur le revenu ne reculerait pas (43% aujourd'hui). Avantage qui a convaincu le président : avec le prélèvement à la source : cette baisse se verra (cette fois) dès janvier prochain. 

Enfin, si la suppression de de la taxe d’habitation pour 100% des Français n’a pas été confirmée, ce sera bien le cas, mais le calendrier de la dernière tranche flotte un peu.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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