Ce matin, vous voulez nous parler... d'épargne !

Oui, je reconnais que c'est un peu étrange de parler d'épargne au lendemain de Noël.

Surtout que le vieux barbu au manteau rouge semble avoir donné beaucoup de cadeaux.

Le mot d'ordre du jour, en France, c'est pourtant : E-par-gnez !

Les chiffres publiés vendredi par l'institut de la statistique le montrent clairement. Au troisième trimestre, nous avons mis de côté 17,1% de notre revenu après impôts. Et l'Insee a aussi revu à la hausse ses chiffres précédents : au deuxième trimestre, le taux d'épargne a été finalement de 17,3% et non de 17,1%.

Alors bien sûr on est dans des dixièmes de points, ces chiffres seront sans doute à nouveau corrigés, mais il y a tout de même un symbole fort : les Français n'ont jamais autant économisé depuis une génération.

Il faut remonter à 1983 pour trouver des chiffres aussi élevés. A cette époque, nos parents avaient une excellente raison d'épargner : l'inflation réduisait la valeur de l'épargne accumulée auparavant. L'inflation ayant quasi-disparu, notre effort actuel d'épargne est donc historique.

Pourquoi cette épargne massive ?

Alors ça, c'est pas très compliqué: les Français s'inquiètent. Ils savent qu'il y a des problèmes financiers dans les banques, les Etats, la zone euro. Ils sentent aussi la montée du chômage, qui touche un actif sur dix. Les plans de réduction d'effectifs se multiplient, dans la banque, l'automobile ou la presse.

Ceux qui ont la chance de gagner assez d'argent pour pouvoir en mettre de côté font donc attention. Ils font le tri dans leurs achats, ils remettent à plus tard des dépenses importantes comme le changement de voiture. C'est une épargne de précaution.

Mais il n'y a pas que ça. Si nous avons l'épargne pratiquement la plus élevée de tous les pays développés, c'est aussi parce que nous nous méfions. Nous savons qu'il y a un trou dans les finances publiques qui risque de se traduire l'an prochain par des hausses d'impôts et il vaut mieux avoir quelques noisettes de côté pour les payer.

Et puis il y a un problème dans le social. Vous savez, en Chine, les gens épargnent énormément parce qu'il n'y a pas de système de retraite et d'assurance santé. En France c'est un peu pareil. Nous avons bien des assurances maladie, retraite, chômage, mais elles perdent des milliards d'euros. Ce n'est pas tenable. Les promesses ne pourront pas toutes être honorées. Notre épargne est la mesure de notre défiance vis-à-vis de la protection sociale – ce qu'on appelait jadis le modèle social français.

Que faire alors ?

La France est un pays où les électeurs adorent qu'on leur raconte des histoires, ce que leurs hommes politiques s'évertuent donc à faire. Il faudra briser ce cercle vicieux, comme nous l'avons fait à plusieurs reprises par le passé. Les particuliers auront alors collectivement moins d'argent, parce qu'il y aura plus d'impôts, moins de prestations.

Mais cet argent, nous le dépenserons plus volontiers, autrement dit nous épargnerons moins, car nous serons moins inquiets. Difficile toutefois d'habiller ça en programme politique !

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