L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». ____La hausse du chômage bat des records. Pourquoi cette accélération et va-t-elle continuer ? D’abord, pourquoi ? En 4 mois, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de 250.000 Avec les familles, cela fait 800.000 personnes touchées. La cause est à chercher dans le recul de l’activité au quatrième trimestre, le plus important depuis 1974. La nouveauté est que les entreprises s’ajustent très vite à leur carnet de commandes. Faute de visibilité sur leur activité future et leurs crédits, elles ont ralenti la production, déstocké et ajusté leur masse salariale. Cela va-t-il continuer aussi vite ? Hélas oui, même le gouvernement le dit ! La raison est que, compte tenu des délais des procédures de licenciement, de plans sociaux, ou de fermetures de sites, la hausse du chômage d’aujourd’hui reflète la situation de novembre. Il y a un décalage. Or, l’horizon est sombre. Partout : en Allemagne, la Deutsche Bank vient de publier une prévision d’une contraction de 5% du PIB cette année ! Donc, les prochains mois seront difficiles. Pour le gouvernement, la France s’en tire mieux que ses voisins. Vrai ou faux ? Vrai et faux. Le chômage s’envole plus vite en Espagne, + 200.000 en janvier, en Irlande ou en Pologne. En Allemagne, près de 400.000 personnes se sont inscrites dans les bureaux du travail en janvier, en donnée brutes, celles commentées là-bas. En revanche, l’Italie résiste mieux. Ce qui est vrai, c’est que la situation française est atypique, entre la fonction publique, les entreprises publiques, les grandes banques et le secteur de l’économie sociale - comme les mutualistes - 8 à 9 millions de personnes sont plus ou moins protégées du chômage. Mais ce qui est vrai aussi, c’est que la France part de haut, puisqu’elle a aujourd’hui un des taux les plus élevés en Europe, et depuis longtemps, même s’il y a eu plusieurs mois de repli sensible. Les entreprises et le gouvernement font-ils le maximum ? Disons, pour les entreprises, que la situation n’est pas la même pour celle qui met la clé sous la porte et une autre qui ne veut pas être surprise par une baisse d’activité. Dans « Les Echos » ce matin, le patron d’Altédia, gros cabinet de conseil et d’aide aux restructurations, proche des entreprises, leur reproche de ne pas tout faire pour limiter les licenciements. Par exemple de ne pas utiliser assez le chômage partiel. Le gouvernement, lui, a lancé beaucoup de chantiers, avec une priorité, encourager, justement, l’activité partielle pour ne pas couper le lien avec l’entreprise. Il a aussi exonéré de charges les embauches dans les PME de moins de dix salariés, développé le reclassement personnalisé. On peut toujours faire mieux, mais on ne peut pas inverser la courbe, çà c’est sûr. Mais n’y a-t-il pas d’autres outils plus nouveaux ? Il y a le débat sur le soutien au pouvoir d’achat pour relancer la machine. Mais, pour l’instant, la consommation tient. Deuxième débat, la CFDT et le PS demandent la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires. Mais il faudrait convaincre des millions de salariés de renoncer à ces primes sans effet certain sur l’emploi. Et puis, le débat monte sur le partage du temps de travail, les RTT pour sauver des emplois. Ceux qui y pensent voudraient que l’Etat paie. Mais on sait qu’on ne revient jamais en arrière, ni sur la durée du travail ni sur les aides. Or, une des priorités aujourd’hui doit être de préserver les conditions du redémarrage. Car il y aura un redémarrage.

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