Ce matin, les trois leçons italiennes.

Toute l'Europe a suivi avec passion et stupéfaction les résultats du scrutin de dimanche et d'hier en Italie. L'effondrement de Mario Monti, la percée foudroyante de l'ancien comique Beppe Grillo, la remontée de Berlusconi ont éclipsé la victoire annoncée du centre-gauche. Tous les Européens ont suivi ce scrutin, comme ils avaient suivi en juin les élections grecques puis en septembre les élections néerlandaises. L'Europe a au moins produit ceci : la conscience que la vie politique de chaque pays a un effet sur les autres, ses voisins, et, au-delà, a un effet sur les Dix-Sept de la zone euro.

Première leçon : les marchés aiment la gauche !

La journée d'hier a été parlante. Quand les premières estimations ont évoqué une victoire de Pier Luigi Bersani, du centre-gauche donc, la Bourse de Milan a gagné jusqu'à 4%, avant de terminer la journée sur une hausse de moins de 1%. A Paris, Francfort, la tendance a été la même et Wall Street a chuté sèchement. En réalité, les marchés financiers craignent plus que tout l'instabilité politique, la paralysie et le retour Berlusconi. Et la fin des réformes lancées par le Professore Monti, économiste renommé mais piètre politique. En fin de journée, l'écart entre les taux d'intérêt italien et allemand s'est creusé.

Deuxième leçon : partout, en Europe, le climat économique pousse les populismes.

Berlusconi et Grillo, à eux deux, font plus de la moitié des voix en Italie. Partout ailleurs, depuis le printemps 2010, les partis contestataires, antisystèmes, anti-européens, ont attiré les voix des électeurs fatigués par la crise et l'austérité. Syriza en Grèce, le Front National en France, Les Vrais finlandais, la nouvelle alliance flamande, NVA aux Pays-Bas, ont fait des percées importantes.

Mais, et c'est la troisième leçon, aucune de ces formations n'a jusqu'à présent accédé au pouvoir...

Exactement. Les électeurs, en Grèce en juin dernier, aux Pays-Bas en septembre, à Chypre il y a quelques jours seulement, les électeurs ont à chaque fois porté au pouvoir des coalitions pro-européennes et réformatrices. Qui promettent du sang et des larmes et des réformes et non pas la baisse des impôts ou la sortie de l'euro. Dans beaucoup de pays, l'économique a craqué, mais finalement le tissu politique a résisté. Le choix européen aussi. Jusqu'à maintenant, cela a été le cas dans tous les pays mentionnés. Mais l'Italie apparaît comme un vrai test, et peut-être un tournant si Berlusconi et Grillo arrivent à bloquer (au moins provisoirement) les institutions dans un grand pays démocratique.

Cette fatigue de la crise et de l'austérité va-t-elle pousser à changer de cap ?

Le vote italien est clairement un tournant, oui, mais est-ce possible ? On aura un début de réponse aujourd’hui avec la façon dont les marchés financiers, qui financent les dettes chaque jour, vont accueillir l’emprunt de 8 milliards d’euros que lance Rome aujourd’hui – un hasard du calendrier. Pour le reste, le redressement des comptes est nécessaire mais il est aussi, pour beaucoup d’Européens, insensé, au sens que l’Europe n’a plus, hélas, d’histoire à nous raconter et d’horizon pour nous faire rêver.

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