Parlement européen - Bruxelles
Parlement européen - Bruxelles © Radio France

Par Jean-Marc Vittori.

La Commission européenne a publié hier ses nouvelles prévisions économiques. Alors, l’Europe va-t-elle mieux ? Oui, et ça fait du bien de commenter une bonne nouvelle. Ça va mieux partout ou presque. La Commission titre par exemple : « Grèce : premiers signes de reprise ». Pour un pays où la production a dégringolé d’un quart en six ans, c’est un sacré changement. Pour les autres pays, Bruxelles parlait dans ses prévisions de novembre de sortie de stagnation, d’expansion en vue, de reprise à venir. Hier, changement de ton. Il y avait comme un air de printemps, même si les eurocrates s’obstinent à mettre une photo de sapin givré sur la couverture de leur rapport. On parle de reprise qui raffermit, de croissance solide ou robuste, d’accélération.En chiffres, ça donne + 1,2% de production dans la zone euro cette année après - 0,4% l’an dernier. Ce n’est pas le Pérou où la croissance dépassera 5% en 2014 mais ça fait tout de même du bien. Pour être plus concret, le chômage devrait baisser pour la première fois depuis 2007. Et pour la France ? Ca y est ! Vous voulez gâcher mon plaisir ! Pour nous, c’est plus compliqué. Il y a trois mois, Bruxelles parlait d’une « reprise graduelle en vue ». Cette fois, il est question d’une « reprise qui reste lente avec un déficit budgétaire important ». Il n’y a guère que sur l’Italie et la Croatie que la Commission est aussi désagréable. Elle nous prévoit 1% de croissance cette année, moins que la moyenne européenne, avec une courbe du chômage pas inversée du tout. Et puis un déficit budgétaire qui refuse de baisser. Encore 3,9% du revenu national en 2015. Un chiffre qui fâche car Paris s’était engagé croix de bois, croix de fer, à ramener le déficit à 3% l’an prochain, après avoir déjà arraché deux ans de répit à la Commission. Mais ce n’est qu’une prévision… Vous avez tout à fait raison. Il y a cinq ans, elle n’aurait sans doute rien changé. Mais depuis, suite à la terrible crise de la zone euro, la France et les autres pays de l’union monétaire ont décidé ensemble que la Commission devait surveiller de beaucoup plus près les comptes publics. En avril, Paris va donc devoir envoyer à Bruxelles ses prévisions budgétaires sur plusieurs années. D’ici à juin, Bruxelles va ensuite les soupeser, éventuellement les contester, voire proposer des sanctions. Selon toute vraisemblance, la Commission va demander beaucoup de détails sur les 50 milliards d’économies dans les dépenses publiques, que le gouvernement a promises mais jamais précisées. Ça va être un bras de fer. Hier, le ministre français de l’Economie Pierre Moscovici a d’ailleurs commencé à remettre en cause les chiffres européens, ce qui suscite quelque irritation à la Commission. La France risque donc d’être prise à partie. Au gouvernement, on espère encore une fois passer entre les gouttes, mais ça va devenir difficile. Pour obtenir un nouveau répit, on pourrait donc chercher à faire alliance avec un autre pays dans la même posture : l’Italie de Matteo Renzi. Tout ça n’est pas très glorieux.

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