L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». __ Evénement aujourd’hui dans l’industrie : l’allemand Siemens va divorcer du spécialiste français du nucléaire, Areva. Ce sera à Munich à l’occasion d’un conseil de surveillance du géant industriel allemand. C’est un événement industriel mais aussi politique. En 1989, la France et l’Allemagne avaient décidé de mettre en commun leurs forces dans le nucléaire et Siemens avait pris, deux ans plus tard, une participation de 34% dans la branche d’Areva qui construit les centrales nucléaires. L’idée était de présenter une offre conjointe partout, notamment en Allemagne, pays qui n’a pas choisi le nucléaire mais qui débat beaucoup sur ce point. Et d’avancer sur l’EPR, réacteur de troisième génération. En fait, Siemens, qui a peut-être besoin d’argent, considère qu’avec 34%, il n’est pas assez écouté. Il aurait voulu un peu plus mais Paris refuse. Alors, il faut dire que cette décision a cueilli tout le monde par surprise. Il va falloir trouver un autre partenaire à Areva. C’est là que ça se complique. Parce qu’il y a une autre explication au divorce : le gouvernement français rêve d’un grand pôle bleu-blanc-rouge du nucléaire. Comment ? Un groupe est dans les starting-blocks pour se rapprocher d’Areva, c’est Alstom, dont le premier actionnaire est Bouygues – il faut suivre ! Ce meccano aurait, ou aurait eu, les faveurs de Nicolas Sarkozy. L’intérêt de réunir les trois ? Bouygues construirait les centrales, Alstom fournirait les turbines et Areva la technologie nucléaire. Le problème, c’est qu’Anne Lauvergeon, patronne d’Areva, trouve ce schéma idiot, parce que les clients ne veulent pas d’un seul fournisseur. Elle, elle préfèrerait Total par exemple. C’est un feuilleton dont on va énormément parler. Mais Nicolas Sarkozy a du temps : avec la crise, ça n’est la priorité de personne. Il y a d’autres aspects politiques à cette sortie de Siemens. D’abord, Siemens pourrait s’allier avec les Russes dans le nucléaire et ce n’est pas une bonne nouvelle pour Paris. Ensuite, c’est un exemple de plus qui montre que les mariages franco-allemands sont difficiles. On l’a vu avec les bisbilles chez EADS et ses Airbus et avec les plans de relance. Avant, il y a eu l’échec d’un rapprochement entre les Bourses de Paris et Francfort. De fait, les alliances qui marchent, c’est avec les petits pays, Air France-KLM, avec les néerlandais ; Euronext, ce sont les bourses de Paris, Bruxelles et Amsterdam ; Suez GDF, il y a les belges. Avec les grands pays, ça se passe bien en Italie pour la BNP qui a racheté des banques. En Grande-Bretagne, on verra ce que donnera le rachat par EDF des centrales nucléaires de British Energy. Le vent tourne. Le manque d’atomes crochus – sans jeu de mot – politiques entre Paris et Berlin, pour des projets importants, est ennuyeux. Il l’est d’autant plus que les liens économiques concrets, parce que ce sont des marchés proches, sont très importants. Le gouvernement français donne quand même un coup de pouce à Airbus, le gros projet franco-allemand, pour soutenir EADS et ses emplois. Dans « Les Echos », nous indiquons que l’Etat va dégager 5 milliards d’euros pour aider les clients d’Airbus à payer les avions qu’ils ont commandés et en commander d’autres. Voilà un autre test : on verra si le gouvernement allemand fait la même chose.

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