Les chauffeurs de taxi appellent aujourd’hui à une grève générale contre les VTC et notamment Uber. Peut-on comprendre leur inquiétude ?

Oui, on peut comprendre leur inquiétude, mais il n’y a absolument aucun moyen de les rassurer sur leur avenir. Leur chiffre d’affaires a baissé et va continuer à baisser parce qu’ils sont au cœur d’une révolution qui ne va pas s’arrêter. Alors, pas question de faire de l’angélisme sur Uber et les autres VTC apparus dans nos villes, LeCab, Chauffeur privé, Marcel, Heetch, etc. – certains étant d’ailleurs Français. Ces nouveaux acteurs se comportent parfois comme au Far West. Mais ils sont les gagnants : ils ont les consommateurs avec eux et le trinôme Internet + Appli Mobile + qualité du service leur donnent un avantage définitif. Comme on l’a vu cent fois, les acteurs historiques ne sont jamais les mieux placés pour profiter des révolutions technologiques parce qu’ils pensent avant tout à protéger leurs pré-carrés. Et à chaque fois, il y a des perdants. Le téléphone mobile a tué les cabines téléphoniques, l’email taille des croupières à La Poste, Amazon fait du mal aux librairies et Airbnb menace les hôtels. L’Etat cherche, et c’est normal, à maintenir les garanties d’une concurrence à égalité des chances. Mais -soyons clair- il est quand même mal placé.

Pourquoi ?

Parce que c’est quand même lui qui a accepté ce qu’il n’aurait jamais dû accepter : sous la pression des corporations de taxis, il a organisé pendant des dizaines d’années la pénurie en instituant le système des plaques et des licences qui valent encore, à Paris, 165.000 euros -80.000 de moins déjà qu’il y a trois ans. Pour avoir la paix avec ces professionnels bruyants, les gouvernements successifs ont mis en place un système qui a précipité les clients dans les bras des nouveaux entrants. Tant pis pour lui, l’Etat se retrouve aujourd’hui dans le champ de tir entre les balles des VTC et des taxis. Voilà comment, si on élargit le propos, en refusant d’écouter la majorité silencieuse qui veut des réformes et ne veut plus du statu quo inefficace, il se piège. Toute allusion à d’autres sujets en débat, le droit du travail, les dépenses publiques etc., serait purement fortuite. Bien sûr.

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