La communauté internationale se réveille enfin. Elle a décidé de se mobiliser pour lutter contre la famine qui frappe la Corne de l’Afrique. N’est-il pas déjà trop tard ?

Il était temps, en tout cas.

Cela fait des mois que des voix s’élevaient pour alerter sur le risque de famine qui menaçaient 10 millions de personnes aux confins de la Somalie, du Kenya et de l’Ethiopie.

Et pourtant c’est hier seulement que s’est tenue la première réunion sur le sujet de la FAO, l’organisation des Nations Unies qui supervise les sujets alimentaire et agricoles.

Mais le mouvement est amorcé et c’est le plus important.

L’ONU demande une aide supplémentaire d’un milliard de dollars. Elle devrait l’obtenir, même si on peut s’étonner de voir la Norvège apporter cinq fois plus que la France et deux fois plus que les Etats-Unis.

Avec cette crise humanitaire, on a le sentiment d’être revenu 30 ans en arrière, à l’époque où l’Ethiopie avait connu la dernière grande famine du continent africain. Trois décennies plus tard, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Une catastrophe naturelle - ici une sécheresse exceptionnelle - se superpose à un chaos politique - les guerres civiles dans la corne de l’Afrique - pour jeter dans la malnutrition une région entière.

Etat de famine dans la corne de l’Afrique
Etat de famine dans la corne de l’Afrique © 3.bp.blogspot.com /

Notre incapacité à prévenir de telles tragédies n’est-elle pas préoccupante ?

Au delà de son caractère dramatique, cette crise alimentaire met en exergue le défi qui se dresse devant nous : comment nourrir la planète.

D’ici à 2050, la population mondiale devrait passer de 6 milliards à près de 9 milliards d’individus. Il y aura donc de plus en plus de bouches à nourrir. La planète agricole va devoir produire plus, beaucoup plus. 70% de plus d’après les estimations de la FAO.

Or les épisodes de sécheresse sont appelés à se multiplier. Les effets du changement climatique se font déjà sentir. Et la situation ne va pas aller en s’arrangeant.

Si rien n’est fait pour enrayer cette mécanique infernale, le risque est grand que le Monde manque de blé avant de manquer de pétrole.

Pour l’éviter, on peut bien sûr chercher à conquérir de nouvelles terres. Mais la priorité doit être de mieux exploiter les terres déjà cultivées.

En améliorant les rendements, d’abord. En Afrique, ils sont à peine un tiers de ceux constatés en Amérique du Sud ou en Asie.

En augmentant les investissements, ensuite.

En mettant au point de nouvelles semences plus résistantes, enfin, comme lors de la révolution Verte des années 70. Ce qui imposera à un moment ou à un autre de rouvrir le débat sur les OGM.

Autant de chantiers que le G20 se propose de promouvoir.

Il s’agit là de solutions à long terme. Mais à plus court terme que peut-on faire ?

Si la présidence française du G20 parvient à ses fins, des instruments plus opérationnels seront disponibles très prochainement.

D’abord, une force internationale de réaction rapide. Une vigie des catastrophes alimentaires dotée de réserves d’urgence.

Ensuite, une banque de données recensant la production, la consommation et les stocks de produits agricoles à l’échelle mondiale.

Ce qui permettra d’améliorer la transparence des marchés et, sans doute, de les rendre moins volatiles.

Mais la seule solution durable est politique.

Il faut briser le cercle diabolique où instabilité politique et précarité alimentaire se nourrissent l’un, l’autre.

Pour assurer la sécurité alimentaire, il faut en effet des infrastructures de stockage et de distribution qui permettent de surmonter les aléas climatiques. Ce qui suppose l’existence d’un Etat digne de ce nom. Le chantier est d’envergure.

L'équipe

Mots-clés:
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.