L’édito éco de Dominique Seux, des Echos : le plan de soutien au secteur automobile présenté hier.

C’est un plan intéressant parce qu’il marque un retour au réalisme : le discours très violent contre PSA a disparu - et c’est tant mieux. Second commentaire général, il y avait hier des mots qui font sourire et des mesures à prendre au sérieux. Mais il ne faut en attendre de miracles ni pour l’automobile en général ni pour PSA en particulier. Pour les mots, Arnaud Montebourg a promis rien moins que la « réinvention » de l’automobile française - ce qui est beaucoup. Sur la forme, ce qui frappe aussi dans la façon dont le gouvernement voit les choses, c’est l’ordre dans lequel le communiqué de l’Elysée énumère les acteurs de la filière auto : un, l’Etat, deux, les collectivités locales, trois, les syndicats, quatre, les constructeurs, avant les sous-traitants et tout à la fin les centres de recherche. Un hasard ? Pas sûr.

Sur le fond, quelle est la principale mesure à retenir ?

Celle qui n’est écrit nulle part dans la communication gouvernementale : l’acceptation implicite de la fermeture de l’usine d’Aulnay et des restructurations industrielles. Elle est inévitable, quand il y a, chez PSA, une surcapacité de production de 150.000 véhicules. A partir du moment où la survie du groupe est engagée, il faut que cela se fasse au mieux sur le plan social, mais cela fait huit ans que le sujet est sur la table.

Au-delà, il y a des aides pour les voitures propres…

Le gouvernement innove, et bien. Depuis vingt ans, le marché a été sauvé régulièrement par les primes à la casse pour soutenir la demande : baladurette, juppette, sarkozette. Problème : à chaque fois, elles ont spécialisé Renault et Peugeot sur le segment des petites voitures peu rentables dont la production a du coup été délocalisée. Cette fois-ci, c’est plutôt l’offre qui est poussée, avec les voitures électriques et hybrides. Il en coûtera ainsi environ 13.000 euros pour acheter la future Zoé électrique de Renault. Je dis future parce que, par un incroyable cafouillage, Renault a annoncé précisément hier que la sortie de sa Zoé était repoussée à 2013 !

Question simple : ces mesures seront-elles efficaces ?

Cela dépend pour quoi : L’Etat met le « paquet » pour amorcer la filière propre, çà c’est vrai. Le problème est que cette filière pèse moins de 1% du marché aujourd’hui. Demain, dans 10-15 ans, on criera peut-être au génie, mais d’ici là, quoi ? A court terme, la situation de PSA ne change en rien, le groupe reste fragile financièrement puisque des investissements sont même coupés pour préserver la trésorerie. Cela étant, l’Etat pouvait-il faire autre chose ? Pas sûr. La solution, pour un groupe de 200.000 personnes qui vend 3,5 millions de voitures, ne peut venir que de lui-même. Dans un document confidentiel de 200 pages remis aux syndicats, il amorce d’ailleurs une vraie autocritique : nous sommes, dit-il, trop généralistes, trop français et trop européens.

L’opposition a fustigé, elle, l’absence de baisse du coût du travail…

Cela compte, mais le problème des constructeurs français est autant le coût du travail lui-même que le fait que ce coût est trop élevé par rapport aux voitures de bas et de milieu de gamme qu’ils proposent. C’est un sujet quand même, notamment pour les sous-traitants. Tous les producteurs de batteries ont quitté la France en trois ans ou déposé leur bilan. Pas pour la Chine, mais pour l’Allemagne, l’Espagne et la Pologne.

Un dernier mot sur la campagne de publicité promise sur le « made in France »…

Elles seront signées par Luc Besson et Cédric Klapisch, dont les derniers films s’appellent respectivement Ma part du gâteau et Le transporteur. Cela ne s’invente pas !

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